2 juillet 2017

Films vus par moi(s) : juillet 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Rat fink (James Landis, 1965) **
Un psychopathe narcissique monte à Hollywood pour y conquérir sans scrupule la célébrité au disque et à l'écran. Considérée perdue pendant 50 ans, une pépite de la Série B qui fut autoproduite par son acteur Schuyler Hayden (1941-1978) pour lancer sa carrière (ça échoua). La fusion drame-thriller-mélodrame est étonnante, comme le casting, assez over the top. La photo N&B, signée Vilmos Zsigmond, est magnifique et surclasse le budget. BR US

Stories we tell (Sarah Polley, 2012) ***
Munie d'une caméra, d'un micro et de films Super 8, la réalisatrice engage son père, sa fratrie et des proches à évoquer sa mère décédée et à lever un secret familial. Si l'histoire personnelle de ces gens n'est pas si extraordinaire que ça, le documentaire réserve des surprises formelles qui interrogent sur la crédibilité du regard et de la mémoire familiale individuelle et collective. Et du cinéma. Difficile d'en dire plus sans déflorer ce bel essai. BR DE 

The lickerish quartet (Radley Metzger, 1970) **
Dans un château italien, le propriétaire, sa femme et leur fils regardent et commentent un porno. Peu après, ils croisent une jeune femme qu'ils pensent en être l'actrice et l'invitent chez eux. Un classique de l'érotisme ambitieux et chic du tournant des 70's par son meilleur artisan. Le scénario alambiqué lorgne du côté de Marienbad et semble dire des choses sur la culture affrontée au désir. La photo et les décors sont superbes. BR UK   

La nuit des morts-vivants / Night of the living dead (George A. Romero, 1968) ***
Confiné dans une maison isolée, un petit groupe tente de résister aux assauts de morts-vivants. La pierre angulaire du film moderne de zombies reste, près de 50 ans après sa sortie, un modèle de narration, de mise en scène et d'efficacité mais aussi de subtilité dans son message politique. Obligé par son petit budget, Romero innove et surprend dans ses choix de lumière, de placement de caméra et de direction d'acteurs. Un chef-d'oeuvre. BR FR  

Kon-Tiki (Joachim Ronning & Espen Sandberg, 2012) **
La traversée de Thor Heyerdahl et de ses équipiers entre le Pérou et la Polynésie en 1947. Cette adaptation norvégienne du best seller d'Heyerdahl est un pur film d'aventures qui ne quitte pas le radeau après le largage des amarres. L'ennui, les tensions entre les aventuriers, les rencontres avec les requins, les plats et les tempêtes se succèdent dans des images soignées où manque peut-être un peu d'émotion. Avec un solide casting blond. BR DE

Kong : Skull Island (Jordan Vogt-Roberts, 2017) 0
En 1973 (ça permet les références au Vietnam), une expédition scientifico-militaire part explorer une île inconnue et y est accueillie par un Kong. Les nombreux décors et monstres fantastiques qui peuplent le film - pas un remake mais une variation - mériteraient mieux mais la faiblesse du scénario et de la mise en scène, qui enfilent sans corps ni âme les séquences d'action, empêche la sauce de prendre et l'ensemble n'a aucun goût. BR FR

Les femmes du 6e étage (Philippe Le Guay, 2011) 0
Au début des années 1960 dans le 16e arrondissement de Paris, un couple de bourgeois découvre la vie et la condition des bonnes espagnoles de leur immeuble qui sont logées sous les toits. Fabrice Luchini (exceptionnellement sobre) et Sandrine Kiberlain sont très bien mais les péripéties attendues, le message social appuyé et les tartines de bons sentiments m'ont écoeuré et comme j'ai laissé tomber au bout de 50', je ne peux vous raconter la fin. DVD Z2 FR

Les aventures de Tom Pouce / Tom Thumb (George Pal, 1958) **
La sincérité émerveillée des films de George Pal est irrésistible : Tom Pouce ne fait pas exception. Cette fantaisie musicale autour du conte des frères Grimm est un film pour enfants idéal, véritable livre animé en Technicolor avec des décors chaleureux, des effets spéciaux "vieille école" (ce n'est pas dépréciatif), des marionnettes et un Russ Tamblyn bondissant au milieu d'accessoires géants. Dans le genre, c'est une une sorte de classique. DVD Z2 FR

Le cuirassé Potemkine / Bronenosets Potemkin (Sergei M. Eisenstein, 1925) ***
En 1905 dans le port d'Odessa, la mutinerie de l'équipage du Potemkine, soutenue par la population, est réprimée par les cosaques du Tsar. Ce classique des classiques, monument de propagande soviétique et de cinéma visionnaire, résiste impérial aux décennies. L'illustre séquence de l'escalier est le sommet du film, qui foisonne par ailleurs d'autres scènes inoubliables. J'avais oublié comme la composition de chaque plan est une perfection. BR US  

Slow West (John Maclean, 2015) **
En 1870, un ado Ecossais part à la recherche dans l'ouest américain d'une fille dont il était amoureux et paye un outlaw pour l'accompagner dans l'univers hostile qu'il découvre. Kodi Smit-McPhee et Michael Fassbender forment un couple improbable mais émouvant dans ce western "art house" qui prend son temps dans des paysages magnifiques. La montée en puissance de la fin teint ce qui a précédé d'une mélancolie bouleversante. BR DE 

Détective Dee II : La légende du Dragon des Mers / Di Renjie :  Shen du long wang (Tsui Hark, 2013) **
Au 7e siècle, le détective Dee enquête pour l'Impératrice sur un monstre marin qui a détruit la flotte de l'Empire. Il croise une beauté en péril, un homme poisson, du thé vert contaminé... Cette extravanganza chinoise en met plein les yeux (décor, mouvement, couleur et 3D géniale) dans un spectacle outrancier, visuellement très réjouissant, mais au scénario étiré et décousu qui l'empêche d'atteindre au chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être. BR 3D FR 

Ares (Jean-Patrick Benes, 2016) 0
En 2035 dans un Paris devenu tiers-monde, un néo-gladiateur est sponsorisé par un labo pharmaceutique pourri qui teste sur lui un dopant. Un rare film de SF français dont l'atmosphère poisseuse qui fait penser à Blade Runner, les visuels dystopiques soignés et le monolitique Ola Rapace sont le meilleur. Pour le reste, l'histoire attendue est à peine passable et les autres acteurs frôlent l'amateurisme sur des dialogues plus que faiblards. BR FR

Room (Lenny Abrahamson, 2015) ***
Kidnappée, une jeune femme (Brie Larson) vit sequestrée dans une pièce avec le fils de 5 ans (Jacob Tremblay, qui fait une prestation extraordinaire) qu'elle a eu de son ravisseur. Un film émotionnellement dévastateur sur l'amour réciproque entre une mère et son enfant, élevé hors du monde. Le point de vue est celui du petit garçon, ce qui en multiplie l'intensité, comme dans l'irrespirable séquence de l'évasion, à la mise en scène admirable. BR FR

Dernier train pour Busan / Busanhaeng (Sang-ho Yeon, 2016) **
Dans un train coréen, des passagers tentent de résister aux attaques de zombies épileptiques. L'intrigue minimaliste est le prétexte pour le réalisateur à une succession de morceaux de bravoure utilisant une caméra très mobile dans des décors contraignants. Il y a de l'action, du suspense et du nonsense et aucune métaphore sociale ou politique. C'est donc un pur film de zombies, tendu et fun comme il faut pour ceux qui aiment le genre. BR FR

Sole survivor (Paul Stanley, 1970) 0
L'épave d'un avion militaire crashé dans le désert lybien pendant la guerre est retrouvée 20 ans après. Le capitaine qui en avait réchappé vient sur le site où errent les fantômes de l'équipage, six morts sans sépulture. L'histoire est digne de "The Twilight Zone" mais étirée sur 90', l'intérêt s'émousse vite d'autant que la réalisation de téléfilm (c'en est un) en décor unique patine. Ce qui aurait pu être un bon épisode de la série métaphysique n'y arrive pas. BR UK 

L'ornithologue / O ornitologo (Joao Pedro Rodrigues, 2016) *
Un ornithologue perdu dans la nature du nord du Portugal y fait des rencontres déconcertantes : deux pèlerines chinoises vers Saint-Jacques, un groupe de chamanes, un berger sourd-muet, des Amazones... Malgré la beauté des décors sauvages, de la photo et la présence sexuelle de Paul Hamy, ce qui se révèle une allégorie de la vie de Saint Antoine de Padoue vire au n'importe quoi par excès de symbolisme catho et de kitsch abscons. DVD Z2 FR

Pleins feux sur l'assassin (Georges Franju, 1961) 0
Les héritiers d'un comte breton décédé se réunissent dans le château familial et disparaissent un à un. Un navet embarrassant par le réalisateur du génial "Les yeux sans visage" (1960) et les scénaristes Boileau-Narcejac. L'histoire est nulle et le rythme anémié (à part la scène de la pièce sans acteurs et les funérailles de la fin sur du Brassens). Si Jean-Louis Trintignant fait le boulot, Dany Saval est épouvantable. J'en ai vu la moitié en accéléré. BR UK

Dalida (Lisa Azuelos, 2016) 0
Sveva Alviti est belle et capture souvent quelque chose de la présence de Dalida dans ce biopic par ailleurs lourd et plombant. La vie de la chanteuse y est résumée à ses drames affectifs, de ruptures en suicides, en une vallée de larmes illustrée par des chansons aux paroles significatives. Sur la carrière de la star, pas grand chose, le scénario ne s'attachant qu'à la douleur et au tragique. La mise en scène scolaire n'arrange rien. BR FR

The divide (Xavier Gens, 2011) 0
Huit survivants d'une attaque nucléaire piégés dans le sous-sol d'un immeuble retournent à la barbarie. Un huis clos entre SF, horreur et survival qui martèle confusément son message rabâché : l'Homme est un loup pour l'Homme. L'outrance du jeu des acteurs et des situations pourraient tirer le film vers le camp mais le manque total de distanciation, les défauts du scénario et du rythme ruinent le potentiel, principalement le décor de la cave. BR FR  

Le bal des pompiers (André Berthomieu, 1949) **
En 1944-1945 près de Paris, une famille vit l'exaltation, les sacrifices et les magouilles de la Libération et de la Victoire. La guerre à peine finie, un film étonnant et sans langue de bois qui, en adaptant la pièce explosive de Jean Nohain, étrille les comportements d'acclimatation des Français moyens pendant et après l'Occupation. Tout le monde en prend pour son grade sur un rythme effréné et des dialogues drôles et caustiques. La fin est superbe. DVD Z2 FR

La La Land (Damien Chazelle, 2016) 0
A L.A., les amours contrariées de deux aspirants au show-business. Ecrasé sous ses références aux classiques du genre, un Musical post moderne où tout est faux et fabriqué et où la roublardise pointe dès la première séquence. L'ennui s'installe ensuite, jusqu'à la très belle dernière scène. Les chansons sont bonnes, Ryan Gosling et Emma Stone aussi mais la mise en scène retient toute émotion et dynamisme, le comble pour un Musical. BR DE

8 commentaires:

  1. D'accord avec vous pour Pleins feux sur l'assassin.

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    1. Approuver ce film me laisserait dubitatif, il est raté objectivement

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  2. Il n'y a que "Room" qui me tente dans ce mois de Tom Peeping...
    Moi j'ai eu en coup de coeur ce mois ci "The Swimmer" de Frank Perry avec Burt Lancaster, un bijou méconnu, à la fois profond et très distrayant et attractif visuellement, un chef d'oeuvre accessible, à voir ! :)

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    1. Slow West est très bien aussi, mon deuxième film préféré du mois jusqu'à maintenant (sans compter Potemkine). The swimmer avec Lancaster est excellent c'est vrai, sur une histoire improbable le réalisateur a réussi un film universel, c'était pas donné.

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  3. Et dire que tu "ne mets jamais 0"! ;)

    Je te trouve un peu sévère pour La La Land quand même, la bande son est chouette, la photographie est très belle, la scène d'ouverture spectaculaire et puis les deux acteurs sont très sympathiques et talentueux...
    Même si bien sûr, je suis d'accord, le film ne parvient pas à se construire une personnalité propre. Et puis cette idée de copier les classiques (comme pour The Artist) montre à quel point Hollywood manque d'imagination aujourd'hui.

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    1. Récemment, je n'ai pas été avare en "0", c'est qu'ils le méritent... :) Pour La La Land, oui il y avait de quoi faire un super film mais je n'ai ressenti strictement aucune émotion ni exaltation (malgré tout le potentiel), c'est donc que la mise en scène n'assure pas. Comme tu dis, aucune personnalité. Donc 0.

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  4. Content du sort que tu fais à "Room", que je pense avoir vécu/éprouvé un peu comme toi, c'est-à-dire sans distance. Le rythme et le ton y sont constamment et incroyablement justes. Un cinéaste assez étonnant que ce Abrahamson.

    E.

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    1. Retour à l'envoyeur : c'est ton avis sur ton blog ou le forum de Classik qui m'a donné envie de voir "Room" qui n'avait pas du tout éveillé mon attention par ailleurs. Je crois que ce n'est pas possible de prendre de la distance avec cette histoire quand se laisse prendre elle et par la mise en scène. D'Abrahamson, j'ai juste vu "What Richard did" que j'avais trouvé très bien.

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