4 juin 2017

Films vus par moi(s) : juin 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Tower (Keith Maitland, 2016) **
Le 1er août 1966, 16 personnes étaient tuées et 32 blessées par un sniper depuis la tour de l'Université du Texas à Austin. 50 ans après, ce film documentaire original fusionne images et sons d'archives, animation en rotoscopie et interviews récentes de témoins pour raconter au coeur de l'action les histoires individuelles des malchanceux, des héros et des couards qui furent pris dans ce fait divers collectif et prémonitoire. BR US  

The sessions (Ben Lewin, 2012) **
Un tétraplégique de 38 ans fait des séances de thérapie avec une assistante sexuelle. John Hawkes et Helen Hunt sont formidables dans ce film, tiré d'une histoire vraie, qui évite le voyeurisme pour raconter avec pudeur, émotion et humour l'éveil au sexe et aux sentiments d'un handicapé vierge. La mise en scène discrète laisse la place aux acteurs (William H. Macy en prêtre confesseur bienveillant). Un film touchant sans mauvais jeu de mots. BR FR

Ao, le dernier Néandertal (Jacques Malaterre, 2010) **
Dans le genre fermé du film néandertalien, celui-ci est convaincant. Il y a 30.000 ans, un homme de Néandertal isolé fait un périple à risques entre Sibérie et Méditerranée au cours duquel il rencontre une Sapiens. Les acteurs derrière le maquillage, les paysages, la production et le scénario pas idiot (malgré quelques maladresses et une fin convenue) font qu'on ne s'ennuie pas une minute. Un bon film d'aventures au goût de documentaire. BR FR (à voir absolument dans la version néandertalienne, "sans voix off" ni sous-titres)

Sophie Scholl, les derniers jours / Sophie Scholl, die letzten Tage (Marc Rothemund, 2005) ***
En février 1943 à Munich, l'arrestation, les interrogatoires et le procès inique de la jeune activiste de 21 ans opposée avec son frère et son groupe La Rose Blanche au régime nazi. Les cinq derniers jours de l'héroïne allemande sont portés à l'écran dans une succession de scènes de dialogues menaçants. Julia Jentsch prête son visage et sa voix à Sophie Scholl dans une prestation assurée et bouleversante. Un film d'une austérité puissante. BR DE  

Jack et la mécanique du coeur (Mathias Malzieu & Stéphane Berla, 2013) *
Un garçon malade du coeur tombe amoureux d'une gamine de son âge en y risquant sa vie. J'aurais aimé mieux noter ce film à l'histoire mélancolique et à l'animation réussie dont l'atmosphère bric à brac 1900 et les thèmes morbides évoquent le premier Tim Burton mais le scénario trop relâché cède finalement à l'ennui. Tout le début et la fin sont très bons et les chansons 100% Nouvelle Scène Française apportent une branchitude insolite. BR FR

Manchester by the Sea (Kenneth Lonergan, 2016) ***
Un loser taciturne (Casey Affleck) dont le frère vient de mourir doit s'occuper de son neveu adolescent. Chacun pour leurs propres raisons, les personnages souffrent en silence, écrasés par le poids du deuil et de la culpabilité, dans ce film digne et douloureux où l'émotion ne passe pas par des démonstrations mais par des silences portés par un choix musical lyrique. Si le titre n'était pas pris, il aurait pu s'appeler "Un coeur en hiver". BR US

Battement de coeur (Henri Decoin, 1940) **
Une jeune voleuse (Danielle Darrieux, 22 ans et mignonne comme tout) tombe amoureuse de sa victime, un fringant attaché d'ambassade. Petites arnaques d'objets, d'identités et de sentiments tissent la toile de cette comédie à l'américaine charmante dont l'atout majeur est ses acteurs, notamment les seconds rôles : Saturnin Fabre en prof de pickpocketterie, Jean Tissier en désabusé, André Luguet en diplomate, Carette en Carette. DVD Z2 FR 

The Riot Club (Lone Scherfig, 2014) 0
Douglas Booth, Max Irons, Sam Claflin... : les nouveaux (jolis) visages du cinéma UK sont le seul intérêt de ce film autour d'un club privé d'étudiants friqués d'Oxford. Bizutage, soirées arrosées, mépris de classe et humiliations dressent le portrait  d'une micro société masculine narcissique à l'extrême. L'histoire tirée d'une pièce a du potentiel mais l'écriture et la réalisation amorphes tirent tout vers le bas. J'en ai vu 30', le reste en fast forward. BR DE

Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937) ***
Alors que le tombeur Tino Rossi s'apprête à épouser la douce Mireille Balin, son pote de toujours le naïf Michel Simon ramène à la maison Viviane Romance, une nympho. Les passions se déchaînent sous la canicule napolitaine. Un réjouissant mélodrame avec ce qu'il faut de suées, de négligés et de ritournelles, emporté par un quatuor d'acteurs de rêve (plus Dalio) et une solide mise en scène. D'un roman de gare, un formidable film. VHS FR

Jours de France (Jérôme Reybaud, 2016) ***
Ayant quitté subrepticement son compagnon, un parisien trentenaire part en voiture sur la route et fait de multiples rencontres d'hommes et de femmes, jeunes et vieux, tous liés par la solitude affective et sexuelle. Un road movie mélancolique mais souvent drôle sur une France rarement vue au cinéma, celle des parkings, des villages désertifiés et des maisons isolées. On pense à Guiraudie et à Vecchiali dans l'amour de l'humain, de l'éros et du mot. DVD Z2 UK