2 décembre 2014

Films vus par moi(s) : décembre 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ida (Pawel Pawlikowski, 2013) **
En Pologne au début des années 60, une jeune novice prête à prononcer ses voeux part avec sa tante sur la trace de ses parents morts et découvre son histoire et son appel. Un beau film en N&B sur l'identité et la Foi qui évoque Bresson et Bergman mais qui aurait gagné à être moins affecté dans le pictorialisme démonstratif de sa photo et de ses cadrages. Il reste surtout l'émouvant portrait d'une jeune fille qui se cherche et semble se trouver. BR Fr

Downton Abbey, saison 5 (Julian Fellowes, 2014) ***
Le temps (ici, 1924) ne semble pas avoir de prise sur le maîtres et les servants de Downton Abbey : la saison 5 déroule son mécanisme de soap opera avec l'élégance des années précédentes et si parfois l'histoire tourne un peu en rond, le charisme des personnages et de leurs acteurs, tous parfaits, ajouté à la beauté de la direction artistique et à l'efficacité de la réalisation font qu'on continuerait bien comme ça jusqu'à... quand ? BR UK

Predestination (The Spierig Brothers, 2014) *
Cette hybridation de SF et de drame autour de paradoxes temporels (l'agent d'une cellule policière fait des sauts entre passé et avenir pour traquer un terroriste) ne fonctionne pas à cause de ses paradoxes justement, foutraquement fabriqués. C'est dommage parce qu'au centre repose une émouvante histoire de genre, portée par la révélation Sarah Snook dans un double rôle. Le bon film à faire partait dans une autre direction. BR Fr 

P'tit Quinquin (Bruno Dumont, 2014) ***
Un feuilleton TV (4x 52') très cinématographique autour d'une enquête de gendarmerie sur des meurtres bizarres commis dans un village côtier du Pas de Calais. L'intrigue, qui mêle habilement horreur, absurde, tendresse et burlesque, n'a pas d'importance. Tout y est affaire de mise en scène et d'acteurs, des non professionnels aux gueules, expressions et gestuelles inoubliables. Une oeuvre totalement originale : qu'est ce que ça fait du bien. BR Fr 

La crème de la crème (Kim Chapiron, 2014) 0
Difficile de noter un film dont on n'a vu que la première demi-heure et qu'on a lâché, dépité. Dès la toute première scène du prof dans l'amphi ("Vous êtes la crème de la crème !"), tout ce que j'ai vu m'a semblé tellement faux, des dialogues au jeu des acteurs, de la construction du récit à la mise en scène, que cette histoire d'étudiants en école de commerce qui s'essayent au proxénétisme a échoué sur toute la ligne à provoquer le moindre intérêt. BR Fr

The two faces of January (Hossein Amini, 2014) **
Une adaptation de Patricia Highsmith qui privilégie (comme ses romans), la complexité de la psychologie et des motivations plutôt que le pur suspense. En 1962, un guide touristique d'Athènes rencontre un couple de riches touristes américains qu'il découvre être en fuite. Kirsten Dunst est le faire valoir de Viggo Mortensen et d'Oscar Isaac, personnages sur les rapports desquels repose tout le scénario. On pense un peu à Hitchcock. BR Fr

The Babadook / Mister Babadook (Jennifer Kent, 2014) ***
Un puissant drame psychologique habillé des effets du film de maison hantée. Une veuve inconsolable et son fils de sept ans aux troubles comportementaux semblent partager leur maison avec une présence inquiétante. Le vrai sujet, qui se devine assez vite, est intelligemment amené avec une métaphore qui fonctionne jusqu'au bout. L'actrice (Essie Davis) est bien et le gamin (Noah Wiseman) est formidable dans un rôle plutôt difficile. BR Fr

Sinister (Scott Derrickson, 2012) 0
Pour un excellent film de maison hantée ("Conjuring" récemment), combien de navets ? Celui-ci entre dans la catégorie, même si la présence d'Ethan Hawke, dans le rôle d'un écrivain qui loue avec sa famille une maison qui a été la scène de crimes récents, pouvait laisser envisager une certaine solidité. Hélas, on s'ennuie du début à la fin, d'un scénario laborieux et d'une mise en scène totalement amorphe. Sinistre oui, au sens de triste et fade. BR Allem.

L'année dernière à Marienbad (Alain Resnais, 1961) ***
Un film dont la pose et la féroce volonté d'être différent sont à la fois exaspérantes et captivantes. Car cette errance spatio-temporelle dans cet hôtel et ce parc, à l'intrigue incertaine et fuyante (et aux images sublimes), continue à questionner, pour le meilleur et le pire, plus d'un demi-siècle plus tard. J'aurais mis ** si il n'y avait Delphine Seyrig, dont les tenues, la voix et le port forment l'une des plus belles créations de personnage de cinéma. BR Fr

The Lego movie / La grande aventure Lego (Phil Lord & Christopher Miller, 2014) 0
Les films d'animation CGI à rythme effréné et dialogues tirés à la mitraillette, incessamment référentiels et satisfaits, aussi techniquement réussis soient-ils (et celui-ci l'est sans aucun doute), c'est bon : je ne peux plus supporter. J'ai lâché le film Lego au bout de 35', assommé par son hyperactivité. Je ne dis pas que c'est un un mauvais film, je dis que ce n'est pas le bon film pour moi. Les critiques peuvent scintiller, on ne m'y reprendra plus. Done. BR 3D Fr 

7 novembre 2014

Capture



Le monde du silence (Jacques-Yves Cousteau & Louis Malle, 1956)

2 novembre 2014

Films vus par moi(s) : novembre 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Monkey shines / Incidents de parcours (George A. Romero, 1988) **
La fin traîne un peu mais l'histoire de ce juriste tétraplégique auquel un ami scientifique apporte un petit singe malin et jaloux pour l'aider aux tâches quotidiennes est originale et prenante, notamment grâce à l'étonnante performance de l'animal. Le grand-guignol fait partie du charme et on a parfois l'impression d'un avatar de "Misery" (1990), où Kathy Bates serait jouée par un ouistiti. Un thriller fantastique Eighties qui a bien tenu le coup. BR US

Guardians of the galaxy / Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) 0
J'aurais pu mettre * pour ce que j'ai vu de l'univers visuel et de la 3D, formidables. Mais je me suis arrêté au bout de 52', assoupissements inclus. La faute à l'incurie repoussante d'un scénario ne reposant que sur des vannes qui tombent à plat et des citations autosatisfaites. Ce genre de produit est le pire de ce qu'Hollywood en est venu à fabriquer : de la connerie à budget ou, comme disait l'autre, de la merde dans un bas de soie. BR 3D UK 

The day the Earth caught fire / Le jour où la Terre prit feu (Val Guest, 1961) **
Quand la Terre est déviée vers le Soleil après des tests atomiques américains et soviétiques, le changement climatique et la possible fin du Monde provoquent la stupeur. Presqu'entièrement vu depuis la rédaction d'un quotidien (le Daily Express) mais utilisant aussi les décors naturels de Londres, un très bon film britannique de science-fiction, adulte et bavard, dont certaines images ont pris avec le recul un aspect prémonitoire. BR UK

Au pan coupé (Guy Gilles, 1967) **
Le temps qui passe et les souvenirs qu'il sème, l'amour et son refus, la disparition et le deuil et surtout le mal de vivre et la mélancolie : les thèmes obsessionnels de l'oeuvre de Guy Gilles s'accordent dans ce moyen-métrage (68') aux images pictoriales et au montage alternant le passé et le présent. Patrick Jouané est le jeune anti-héros douloureux mais c'est Macha Méril, dans le beau rôle de son amoureuse meurtrie, qui illumine le film. DVD Z2 Fr 

Drum / L'enfer des Mandingos (Steve Carter, 1976) **
Cette variation sur l'excellent "Mandingo" de Richard Fleischer (1975) reprend le même acteur (le boxeur Ken Norton) dans le rôle d'un musculeux esclave vendu à un propriétaire du Sud (Warren Oates). La vie de la plantation y tourne entièrement autour des désirs sexuels entre maîtres et esclaves. Un film d'exploitation à budget, camp, sexy et vulgaire, plein de l'outrance des personnages et des situations. Avec un beau final cathartique. BR US 

Seven wonders of the World / Sept merveilles du monde (Tay Garnett, Paul Mantz, Andrew Marton, Ted Tetzlaff & Walter Thompson, 1956) ***
Le meilleur travelogue Cinerama que j'ai vu. Les Sept Merveilles ne sont qu'un titre car il y a plein de de sites qu'on visite, des ponts de New York au Vatican (Pie XII), du Taj Mahal à Rio, du désert d'Arabie à Benares. Le tout est suprèmement Fifties, folklorique (les Geishas, la danse du Cobra...) et d'un colonialisme aux commentaires impossibles : "L'Afrique ne compte que 5 millions d'occidentaux pour 200 millions de noirs". J'en redemande. BR US (magnifique restauration, format Smilebox)

Ronal Barbaren / Ronal le Barbare (Kresten Vestbjerg Andersen, Thorbjorn Christoffersen & Philip Einstein Lipski, 2011) **
Un film d'animation danois, heroic-fantasy irrévérencieusement potache, sur un maigrichon qui tente de sauver, avec un copain obèse et une ado hyperactive, sa tribu de barbares culturistes et narcissiques capturée par un ennemi maléfique. Les grossièretés fusent comme les blagues sexuelles et le pastiche SM de The Lord of the Rings est plutôt amusant. La réalisation est efficace, les visuels aussi. Le genre de film vraiment rafraîchissant. BR 3D Fr

Night of the Demon / Rendez-vous avec la peur (Jacques Tourneur, 1957) **
Un psychologue américain (Dana Andrews) débarque en Angleterre pour une convention sur le paranormal et se frotte à un mystérieux sataniste. Un film fantastique d'atmosphère, à la photo de Film Noir, dont les scènes très réussies (le coup de vent, la forêt la nuit, la séance, l'intrusion dans le manoir...) compensent des dialogues un peu longs. Je me souvenais d'une apparition ridicule du démon : il y en a deux et elles ne le sont pas. BR Fr 

Au biseau des baisers (Guy Gilles, 1959) **
A Alger, le temps d'un dimanche d'été et d'une balade en scooter à la plage, l'amour d'un couple d'adolescents se fissure sereinement. Un court métrage de 18' où le soleil éclatant et les accords lyriques du piano s'ombrent d'une mélancolie douce sur la fugacité des émotions et du temps qui passe. Cet essai frais et plein de charme montre une Algérie française qui s'effaçait et le talent prometteur d'un jeune réalisateur qui allait monter à Paris. YouTube

Plynace wiezowce / Ligne d'eau / Floating skyscrapers (Tomasz Wasilewski, 2013) **
A Varsovie, les rudes conséquences de l'attirance mutuelle entre un nageur de compétition et un étudiant. Ce premier film à thématique gay sorti en Pologne bénéficie d'une bonne réalisation et de très bons acteurs. Son histoire, désespérée, qu'il faut replacer dans le contexte social et moral de la Pologne actuelle, a au moins vingt ans de retard sur les films à même sujet faits en Europe occidentale ou aux US. Une piqûre de rappel en sorte. BR UK   

Europa Report (Sebastian Cordero, 2013) *
Un petit film de SF du genre lost footage sur une mission spatiale de six astronautes disparue sur Europe, la lune glacée de Jupiter. Ce n'est pas le budget réduit qui pèche (presque tout se passe dans la cabine et le film est plutôt bien fait) mais le scénario qui accumule les dialogues simplistes, les fausses interviews qui sonnent artificielles et surtout, la fin et l'apparition de sa décevante créature. Dommage car il y avait tout pour faire bien mieux. BR Fr

Stalingrad (Fedor Bondarchuk, 2013) *
Pas du tout la grande fresque globale attendue mais la bataille de Stalingrad du point de vue d'une place de la ville, où russes et allemands se confrontent depuis deux bâtiments. Un film bizarre et foutraque (le début et la fin sont totalement hors propos) mais pas inintéressant, plein des ralentis putassiers des scènes d'action, de personnages sans épaisseur, de CGI, de romance et d'ambition dantesque. Le pendant russe au "Pearl Harbor" de Michael Bay. BR Fr

Das Cabinet des Dr. Caligari / Le cabinet du Docteur Caligari (Robert Wiene, 1920) ***
Peut-être le film le plus uniquement original de l'histoire du cinéma. Son histoire de folie, de meurtre et d'enlèvement et son scénario à surprises, qui ont ouvert la route à tant d'autres, sont intrigants en eux-mêmes mais c'est l'utilisation en profondeur des toiles peintes acérées comme décors expressionnistes qui le rendent, visuellement, inoubliable. Un hybride fascinant du cinéma, du théâtre, de la peinture et de l'Angst germanique. BR UK

Cloudy with a chance of meatballs / Tempête de boulettes géantes (Phil Lord & Chris Miller, 2009) *
Un jeune inventeur crée une machine à fabriquer de la junk food qui se détraque et fait pleuvoir à verse hamburgers, hot dogs, T-bones, ice creams, pancakes, donughts et Jell-O sur sa ville. L'amusante idée de se moquer de la frénésie de consommation alimentaire US est freinée par un scénario trop plat qui s'enlise sur la durée. C'est frustrant parce que la satire était bien trouvée et que l'animation dynamique et colorée est très chouette. BR 3D Fr

The pawnbroker / Le prêteur sur gages (Sidney Lumet, 1964) *
Un film douloureux sur la mémoire et les ravages de la culpabilité du survivant (un rescapé juif d'Auschwitz, prêteur sur gages à New York, s'est fermé à l'émotion et aux autres) dont le thème est traité, comme souvent dans le cinéma de l'époque, avec la main lourde et qui est cannibalisé par le jeu obscènement Actors Studio de Rod Steiger. Pas un mauvais film, loin de là, mais un film difficile à avaler. Formidables images des rues de Manhattan. BR US

Detachment (Tony Kaye, 2011) 0
Un écoeurant film à sujet sur un prof remplaçant (Adrien Brody en mode dépressif) envoyé dans une high school difficile de New York. Le suicide d'une élève, le pétage de plombs de la directrice, les provocations des jeunes à la dérive, les états d'âme des collègues, la rédemption de la petite pute, l'agonie du grand-père, les citations de Poe et de Camus : on a droit à tout ça. Avec en bonus, les maniérismes de la mise en scène. Nul. BR Fr

J'accuse (Abel Gance, 1919) **
Le cri de Gance contre la Grande Guerre. La célèbre dernière partie du film (au tournage commencé avant l'Armistice), symboliste et visionnaire - le retour des morts des tranchées - prend des accents hugoliens exaltants mais consomme sa rupture avec ce qui a précédé, un mélodrame plus banal. Le génial cinéaste, réussit néanmoins à donner un dynamisme aux trois heures de projection, aidé par son sens visuel et de bons acteurs tout en retenue. Ciné Concert à Pleyel (avec le nouvel accompagnement symphonique, lugubre et répétitif, de Philippe Schoeller) 

Absences répétées (Guy Gilles, 1972) ***
Le lente extinction d'un jeune homme que rien ni personne n'arrivent plus à retenir à la vie. Suprèmement mélancolique mais pas sentimental pour un sou, un film adolescent au ton et à la forme très originaux, passant du N&B à la couleur, de l'image mobile à la photo et porté par des acteurs parfaits (Patrick Penn, Patrick Jouané, Nathalie Delon entre autres). Le mal de vivre et du temps qui passe y sont poussés à leur point d'incandescence. DVD Z2 Fr

August: Osage County / Un été à Osage County (John Wells, 2013) **
Un psychodrame familial dont le scénario (une famille réunie pour quelques jours en Oklahoma opère son grand déballage de haines et rancoeurs) est seul prétexte au numéro de ses actrices. Meryl Streep cabotine à outrance mais se reprend dans une grande scène, féroce, de déjeuner. C'est Julia Roberts qui l'emporte, secondée par Julianne Nicholson et Juliette Lewis. Un women's picture de tradition classique, genre over the top presque disparu. BR Fr

Les Misérables (Albert Capellani, 1912) ***
La première des ambitieuses adaptations romanesques de Capellani, en quatre époques et près de trois heures, suit (assez) fidèlement les épisodes du roman de Hugo et bénéficie d'un très bon casting (notamment Henry Krauss en Valjean, Mistinguett en Eponine et les enfants). La réalisation dynamique - pour l'époque - et les multiples décors retiennent l'attention sur toute la durée. Un excellent muet qui démontre l'importance du cinéaste. Ciné Fondation Seydoux-Pathé (avec un bon accompagnement au piano de deux élèves du Conservatoire en classe d'improvisation de Jean-François Zygel) 

4 octobre 2014

Films vus par mois(s) : octobre 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

L'amour à la mer (Guy Gilles, 1963) ***
Il y avait longtemps que je n'avais pas découvert avec tant de bonheur un réalisateur et un film. Cette promenade poétique, sensuelle, nouvelle vague et formellement inventive entre un marin appelé à Brest et sa petite amie restée à Paris, partiellement racontée en voix off et pleine de trouvailles, révèle un talent vraiment unique. Un ton, des images, une liberté d'écriture et une profondeur discrète qui m'ont enthousiasmé et ému. DVD Z2 Fr 

King of Kings / Le Roi des Rois (Nicholas Ray, 1961) **
La vie de Jésus (Jeffrey Hunter, yeux azur et aisselles rasées) dans une superproduction de 3h de Samuel Bronston. Malgré les maniérismes inhérents au sujet (la dignité ampoulée des postures et des dialogues), le choix de s'attacher à l'humanité du Christ est payante. Il y a bien des problèmes de rythme (les digressions autour de Salomé) mais la mise en scène et la musique savent faire monter l'émotion aux moments attendus. BR US

Eastern boys (Robin Campillo, 2013) ***
Construit en séquences chapitres superbement mises en scène, une histoire de solitude, d'attachement et de survie autour d'un tapin ukrainien de la Gare du Nord, de son gang et d'un client taciturne. De l'étrange soirée forcée du début au suspense de thriller de la fin, le film prend des voies inattendues et pose un regard franc sur les multiples sujets qu'il évoque. Les acteurs sont tous excellents. Un drame romantique contemporain qui ne dit pas son nom. BR Fr 

Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014) *
Un film de SF construit sur sa seule idée de scénario (adapté d'un roman pour ados japonais), celle d'allers-retours temporels de son héros entre une caserne et un champ de bataille avec des aliens à tentacules. Le procédé intrigue puis, étiré sur toute la durée, finit par casser les pieds. Deux choses pas mal : l'actualisation astucieuse du Débarquement de Normandie et Tom Cruise au début du film dans son rôle à contre-emploi de militaire trouillard. BR Fr

Maleficent / Maléfique (Robert Stromberg, 2014) **
Le point de vue révisionniste sur l'histoire de la Belle au Bois Dormant et la personnalité de sa formidable méchante est intéressant et plutôt bien mené. Si le kitsch des décors en CGI et de certaines créatures dignes des Minimoys fait mal aux yeux, tout ça est oublié quand apparaît Angelina Jolie, absolument géniale dans le rôle de Maléfique. Un vrai conte de fées de cinéma, un genre devenu trop rare pour bouder son plaisir. BR 3D Allem

Game change (Jay Roach, 2012) **
Les conséquences du choix de l'improbable Sarah Palin comme co-listière de John McCain lors de la campagne présidentielle US de 2008. Un téléfilm HBO qui décortique - à charge évidemment - les coulisses de la politique showbizz américaine et l'outrance d'une candidature désastreuse. Julianne Moore, inspirée, est une Sarah Palin plus vraie que nature. Woody Harrelson et Ed Harris sont de la partie. Une passionante vue des coulisses. BR US

The Hunger Games : Catching fire / Hunger Games : L'embrasement (Francis Lawrence, 2013) ***
Le deuxième épisode de la franchise reprend la structure, les principaux personnages et les enjeux du premier mais ajoute une dynamique de révolte qui fait évoluer l'arc narratif. Toujours un peu trop long (2h30), le film reste excitant et spectaculaire et évite de justesse le sentiment de répétition. Le casting haut de gamme est évidemment un atout majeur. Du très bon cinéma d'aventures, étonnament sombre et plein de références bien amenées. BR Belg  

Nymphomaniac, vol. 1 & 2 (Lars von Trier, 2013-2014) **
La longue confession (4h en tout, version soft) d'une nymphomane à un inconnu. Construit en flashbacks chapitrés, le film le plus cérébral et le moins sensuel de von Trier examine une pathologie méconnue et plonge dans les abysses de l'autodestruction. Avec pas mal d'humour (noir) et de misanthropie. Charlotte Gainsbourg est comme toujours fascinante mais la révélation est la débutante Stacy Martin dans le rôle de ses jeunes années. BR Fr

Tonnerre (Guillaume Brac, 2013) *
Dans l'hiver bourguignon, un musicien en bivouac chez son père a une liaison avec une jeune fille de la région. Un film d'atmosphère naturelle (la neige, la pluie, la province) et psychologique où la tendresse de la première partie cède à la violence de la seconde. Vincent Macaigne est excellent dans le rôle d'un ado attardé qui perd le contrôle mais en fin de compte, on a l'impression d'avoir vu ça plein d'autres fois. Mais pas en Bourgogne. DVD Z2 Fr

Juggernaut / Terreur sur le Britannic (Richard Lester, 1974) *
Un film culte de mon enfance (fil bleu ? fil rouge ?) qui n'a pas tenu son statut. Un terroriste place sept bombes à bord d'un paquebot que commande Omar Sharif. Richard Harris, chef artificier, tente de désamorcer le mécanisme. Les vues du navire malmené par la houle sont puissantes mais les personnages sont si peu écrits et le danger si pauvrement évoqué qu'on ne s'intéresse que de loin à ce tout qui arrive, malgré le suspense. BR US

The Hunger Games / Hunger Games (Gary Ross, 2012) **
Dans un futur proche aux USA, le pouvoir central organise un show TV où des ados s'entretuent dans une forêt. Je m'attendais à un produit de série et j'ai été agréablement surpris de découvrir un film d'aventures bien ficelé (quoique trop long), tendu et qui soulève de bonnes questions sur la télé-réalité. Jennifer Lawrence, formidable, apporte une étonnante solidité à son personnage et contribue beaucoup à la réussite. Une bonne surprise. BR Fr

Midnight cowboy / Macadam cowboy (John Schlesinger, 1969) ***
Cette touchante histoire d'amitié entre deux paumés sur le pavé de Manhattan, l'un prostitué de province, l'autre embrouilleur du Bronx, tient par la présence et le jeu de Jon Voigt et de Dustin Hoffman et l'humanité qui se cache derrière la misère (je ne me souvenais plus à quel point c'est un film triste). New York en 1968 crève aussi l'écran, du rade à la party warholienne, des slums à la 5e Avenue. Et avec tous ces seconds rôles en or ! BR Fr 

Les garçons et Guillaume, à table ! (Guillaume Gallienne, 2013) **
Le premier quart d'heure m'a fait craindre le pire avec sa suite de courtes scènes, ses allers-retours entre cinéma et théâtre, le jeu forcé et égotiste de Gallienne en lui-même. Après, l'originalité de l'écriture, l'humour tendre et l'émotion sincère qui surgissent régulièrement ont réparé les dégâts. Mais cet exercice d'art et d'autoanalyse sur l'identité sexuelle et le rapport à la mère me met assez mal à l'aise par son exhibitionnisme extrême. BR Fr

Sweet home Alabama / Fashion victime (Andy Tennant, 2002) 0
Si le titre français ne veut rien dire du film, le titre original le condense tout entier : la grande ville (New York) est un mirage et seules comptent les racines. Une jeune créatrice (Reese Witherspoon égale à elle-même) revient dans son bled d'Alabama pour divorcer de son plouc de mari afin d'épouser un notable de NY. Dès le début, on voit venir la fin démagogique et réactionnaire. Cliché comme tout, le film a eu son succès attendu. BR Fr

The conversation / Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974) ***
La mise en scène assurée de Coppola qui joue magistralement avec les plans larges, moyens et rapprochés (et la bande son) est la véritable raison d'être de ce thriller existentiel sur un spécialiste de la surveillance audio (Gene Hackman, excellent) pris au piège de sa mission et de sa conscience. Un film plein de menaces, bien de son époque, et qui a résisté au temps parce qu'il garde pour lui une partie des questions qu'il soulève. BR Fr

Dracula (John Badham, 1979) *
Une adaptation sérieuse de Bram Stoker qui se concentre sur la seconde partie de l'histoire (l'Angleterre). Les décors rappellent ceux de la Hammer en plus riches et la photo toute en gris-vert est assez réussie. Cela aurait pu être un bon film mais il manque quelque chose dans la mise en scène et surtout Frank Langella (affublé d'un brushing ridicule) est un Dracula terriblement fade qui tire l'ensemble vers le bas. Une occasion manquée. BR Fr 

Adore / Perfect mothers (Anne Fontaine, 2013) **
Sur la côte sud-est australienne, deux amies d'enfance, bourgeoises quadragénaires, deviennent les maîtresses de leurs fils respectifs. D'après une nouvelle de Doris Lessing, un drame de moeurs à la photo soignée qui dissèque les effets d'un passage à l'acte proche du tabou mais qui tient le spectateur trop à distance émotionnelle de ses personnages pour convaincre pleinement. Les acteurs sont très bons, notamment Robin Wright. BR Fr

28 septembre 2014

Heroes of mine : Fréhel


Fréhel (1891-1951)

Ce n'est pas parce que la maison de sa grand-mère où elle passa sa petite enfance est à quelques minutes à pied de ma propre maison de famille en Bretagne que j'aime Fréhel. Mais ça y fait. Une plaque sur le mur et le nom de la ruelle commémorent son passage là-bas (dans le Finistère Nord, à Primel-Trégastel) et je ne manque jamais d'y aller quelques moments quand je suis dans le coin.

Fréhel. Sa vie vagabonde, sa voix quand elle chante et quand elle parle, sa présence physique dans les quelques documents qui traînent sur elle et surtout dans les films où ses apparitions sont toujours terrassantes font qu'elle reste, malgré les décennies qui passent et l'éloignent, l'une des personnalités les plus miraculeuses de l'art populaire français, music-hall, chanson et cinéma.

Tout chez elle me fascine : ses identités (la petite Marguerite Boulc'h, la débutante Môme Pervenche, la grande Fréhel), ses transformations physiques, de la beauté courtisane des années 1910 à la matronne prématurément bouffie des années 1930 et 1940 et sa trajectoire privée et professionnelle qui boucla une boucle de la misère au caniveau en passant par l'argent et la gloire, l'alcool et la coco. Et sa voix, cette voix !


Quand elle s'emparait d'une chanson, d'un réalisme poétique et dramatique qui était la signature de son époque, elle ne se contentait pas de l'interpréter, elle la vivait et elle la combattait. Combien aurais-je donné pour avoir la chance de la voir sur scène, à Bobino ou au Boeuf sur le Toit, et peut-être plus encore, sur les estrades de ces fêtes foraines et bals populaires où elle se sentait tellement chez elle. Elle commençait parfois un tour de chant par une adresse aux clients : "Fermez vos gueules, j'ouvre la mienne !".


J'écoute souvent les disques que j'ai d'elle (notamment les trois CD indispensables de la collection Chansophone), je ne m'en lasserai jamais. Ses titres sont des programmes, surtout ceux des années 30, son âge d'or : "L'obsédé", "La coco", "Les filles qui la nuit", "Sous la blafarde", "Pauvre grand", "A la dérive", "La peur", "Maison louche". Ces chansons sont sans doute plus oubliées que son plus grand succès, "La java bleue", qui est entraînante, facile et légère. Celles-là sont sombres, terribles, sublimes. Ce sont des histoires qui s'ouvrent et se referment sur leur abîme en trois minutes. La voix et le phrasé de Fréhel les haussent au niveau de la Tragédie. Elle seule a su faire ça (pardon, Damia !).


Et quand les chansons ne suffisent pas, quand on veut revoir Fréhel (parce que Fréhel se voit tout autant qu'elle s'écoute), il suffit de se repasser ses quelques scènes du "Roman d'un tricheur" (Sacha Guitry, 1936) ou de "Pépé le Moko" (Julien Divivier, 1937). Quand elle est à l'écran, elle réussirait à éclipser Guitry, Gabin, Balin et les autres. Les seconds rôles qu'elle eût au cinéma furent tous de premier choix.


dans "Pépé le Moko", elle fredonne et pleure en écoutant
sa propre chanson "Où est-il donc ?" sur un grammophone 

Fréhel est morte en 1951, elle avait 59 ans et elle avait usé sa corde par les deux bouts. Il paraît que sa tombe au cimetière de Pantin est parfois fleurie. Je n'y suis jamais allé.

PS : Merci à Violaine Schwartz pour sa déclaration passionnée à Fréhel dans son beau livre "Le vent dans la bouche" (POL, 2013). 

13 septembre 2014

I lock my door upon myself


Norma Jeane Baker referme la porte sur Marilyn Monroe
dans "The Misfits" (John Huston, 1961)

7 septembre 2014

Masterpiece Lost

Après avoir vu récemment le médiocre "The Monuments Men" (George Clooney, 2013), je me suis interrogé sur les trois tableaux disparus que je regrette le plus, ceux pour lesquels je serais allé jusqu'à me déplacer spécialement pour les voir sur leur site de conservation, si c'était encore possible.

Difficile question à priori, les titres des chefs-d'oeuvre invisibles, volés ou détruits, forment une longue litanie de fantômes. Mais puisque je me suis arbitrairement fixé le nombre de trois, après réflexion qui n'a finalement pas pris longtemps (les trois peintures ci-dessous se sont imposées en moins de deux), les voici, dans l'ordre alphabétique des noms de leurs auteurs :

Les Casseurs de Pierres (Gustave Courbet, 1819-1877)
1849 / huile sur toile / 159cm x 259cm

Anciennement au Musée des Beaux-Arts de Dresde (Allemagne) / Gemäldegalerie Neue Meister, Staatsliche Kunstsamlungen. Détruit dans la nuit du 13 au 14 février 1945 lors du bombardement de Dresde.


L'audace du très grand format pour manifester de la condition ouvrière. La force de la composition dynamique et des poses laborieuses. La splendeur de la gamme chromatique. L'universalité et la dignité de l'image.

La Nativité avec Saint François et Saint Laurent (Caravage, 1571-1610)
1609 / huile sur toile / 298cm x 197cm

Anciennement à l'Oratoire de San Lorenzo de Palerme (Sicile). Volé sur commande le 18 octobre 1969 par des criminels mafieux, abîmé et vraisemblablement brûlé la même année.


Le clair-obscur qui creuse l'espace à la composition éclatée. L'irruption du divin (l'ange) dans le quotidien contemporain (la vérité des modèles). L'inoubliable figure du jeune homme aux cheveux blonds à droite.

Nous Trois / Wir Drei (Philipp Otto Runge, 1777-1810)
1805 / huile sur toile / 100cm x 122cm

Anciennement à la Kunsthalle de Hambourg (Allemagne). Détruit le 6 juin 1931 dans l'incendie du Glaspalast de Munich (Allemagne) lors de l'exposition temporaire "Oeuvres des Romantiques Allemands, de Caspar David Friedrich à Moritz von Schwind".


Daniel (le frère du peintre), Pauline (la femme du peintre) et Philipp (le peintre). Le romantisme bouleversant d'un des plus beaux autoportraits de groupe de l'histoire de la peinture. Les liens ambigüs du coeur et du sang.

et en bonus :

Le Pigeon aux Petits Pois (Pablo Picasso, 1881-1973)
1911 / huile sur toile / 64cm x 53cm

Anciennement au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Volé dans la nuit du 19 au 20 mai 2010. Le receleur arrêté a dit qu'il avait jeté le tableau endommagé lors du transport (avec quatre autres tableaux volés en même temps) dans une benne à ordures. L'enquête n'a pas permis de savoir si c'est vrai ou faux.


C'est pas un de mes tableaux préférés mais c'est une oeuvre que j'aimais et connaissais bien car je la présentais souvent lors des visites guidées au musée (la dernière fois quelques jours avant son vol). Elle était d'approche pédagogique facile pour expliquer le Cubisme Analytique.