1 avril 2017

Films vus par moi(s) : avril 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Studio 54 - Director's cut (Mark Christopher, 1998) *
Le director's cut 2015, qui retire les scènes ajoutées et réintègres celles retirées par Miramax à l'époque, pointe la bisexualité du personnage principal, un type du New Jersey embauché comme barman au Studio 54 en 1979. Cette histoire de pauvres jeunes gens exploités par de riches prédateurs méritait une mise en scène flamboyante : on a à la place un fade et plat conte moral, illuminé par l'ambiance et le rythme Disco de la boîte. BR DE     

Quelques minutes après minuit / A monster calls (Juan Antonio Bayona, 2016) *
Malgré tous les avantages qu'il a pour lui (une histoire touchante, un thème fort, des séquences animées splendides, des citations de King Kong...), ce film sur un jeune garçon qu'un arbre vivant aide à surmonter l'angoisse de voir sa mère agoniser n'a pas réussi à m'émouvoir. La faute sans doute à des effets spéciaux trop voyants (surtout la fin) et une mise en scène appliquant trop sagement la recette spielbergienne. Le coeur n'y est pas. BR US

Les premiers les derniers (Bouli Lanners, 2016) **
Deux quinquagénaires taiseux (Albert Dupontel et Bouli Lanners, intenses) cherchent un portable volé dans une région déserte et maussade et croisent des vivants, des morts et un ressuscité. Une fable assez hermétique sur la bienveillance qui transpose tous les codes du western apocalyptique dans une Beauce filmée comme les Grandes Plaines. Si on aime l'ambiance, on aimera le film. Avec Michael Lonsdale et Max von Sydow en guest stars. BR FR

Silence (Martin Scorsese, 2016) *
En 1641, deux jeunes prêtres portugais partent au Japon en rechercher un autre au moment de persécutions chrétiennes. Le sujet intéressant et profond sur la foi en milieu hostile ne résiste pas au scénario répétitif (capture, martyre, capture, martyre), à la longueur douloureuse (plus de 2h30), au choix de la voix off chuchotante - à la Malick - du personnage principal et à la mise en scène terriblement académique. Décevant. BR US

Manifesto (Julian Rosenfeldt, 2015) ***
Une géniale installation vidéo où Cate Blanchett dit 13 manifestes de l'art du XXe s. à travers 13 fictions très cinématographiques de 10 minutes dans lesquelles elle interprète une chorégraphe, une veuve, un SDF, une journaliste TV, une ouvrière, une mère au foyer... L'ensemble est à la fois inventif, hilarant et puissant, donnant vie, sens et actualité à des textes enflammés essentiels mais souvent indigestes. Expo Beaux-Arts de Paris 

The People vs. O.J. Simpson (Scott Alexander & Larry Karaszewski, 2016) ***
Un passionnant téléfilm en 8 épisodes qui retrace le procès Simpson de 1995, ses coups de théâtre et son cirque médiatique. Le point de vue principal, celui de la procureure Marcia Clark (Sarah Paulson, formidable), donne son intensité émotionnelle - et féministe - à cette stupéfiante affaire. On frise parfois le camp (Travolta en Robert Shapiro, les Kardashian...) mais l'efficacité du scénario, de la réalisation et du casting triomphent. BR FR     

20th century women (Mike Mills, 2016) **
En 1979 à Santa Barbara, les liens d'une petite tribu formée par une mère poule, son fils ado et deux jeunes femmes et un mécanicien qu'ils hébergent. Le sentiment du temps et de l'existence qui passent sans avoir l'impression d'y participer sont en trame de cette chronique mélancolique et drôle dont le décalage contrôlé confine un peu à la pose. Une sorte de soap opera indie et féministe. Annette Bening est formidable, Elle Fanning une révélation. BR US

Daddy (Gerald McCullouch & Dan Via, 2015) 0
A Pittsburgh, un gay quinquagénaire a une liaison avec son stagiaire et découvre que celui-ci... le titre donne l'idée. Un petit film indépendant où tout est embarrassant : les dialogues, le jeu des piètres acteurs, la mise en scène, les clichés et le traitement d'un sujet qui méritait mieux. La touche "accéléré" de la télécommande à fonctionné après 30', le maximum de ce que j'ai pu tenir. La pièce d'origine était peut-être meilleure, peut-être. BR US

Le désordre et la nuit (Gilles Grangier, 1958) 0
J'aurais aimé aimer ce film de Grangier avec Gabin et Darrieux sur un vieux flic qui s'éprend d'une jeune droguée et escort (Nadja Tiller) dans une boîte des Champs. Mais à part quelques vues nocturnes de Paris, l'artifice de l'écriture, des vices et du studio amidonnent toute la dynamique et on regarde ça comme un ennuyeux musée de cire. Le genre de produit qui faisait hurler les orfraies de la Nouvelle Vague et ici ils n'avaient pas tort. BR FR

Love & friendship (Whit Stillman, 2016) ***
Drôle et mordante, cette adaptation d'une nouvelle de Jane Austen sur une veuve anglaise à l'assaut d'un nom et d'une fortune au tournant des années 1800 est une comédie sociale toute en dialogues dont la spiritualité fait penser à Oscar Wilde. Kate Benckinsale et Chloë Sevigny sont formidables en opportunistes labourant les riches familles provinciales. Un excellent vaudeville en costumes où les femmes mènent la danse. BR FR 

Le prince de Hombourg / Il principe di Homburg (Marco Bellocchio, 1997) ***
Vers 1800, le jeune commandant somnambule d'un bataillon allemand, condamné à mort pour non obéissance, fait face à sa conscience (et à son inconscient). Baignée dans une pénombre rompue par la lune et les torches, cette triomphante adaptation de la pièce de Kleist est un chef-d'œuvre de Romantisme dans ses thèmes et dans sa mise en scène. Andrea di Stefano est parfait en bouleversant soldat tourmenté par le rêve, l'amour et l'honneur. BR FR

Marguerite (Xavier Giannoli, 2015) **
En 1921, une riche et excentrique baronne délaissée par son mari s'essaye à l'opéra malgré sa voix épouvantable. D'une histoire (inspirée par la vraie Florence Foster Jenkins) qui se prêtait à la comédie le réalisateur a fait un drame cruel sur le mensonge, l'exploitation et l'illusion. Catherine Frot donne à son personnage une fragilité et une candeur touchantes et Michel Fau, génial, apporte un grain de folie à un film autrement assez froid. BR FR

Vampires en toute intimité / What we do in the shadows (Jemaine Clement & Taika Waititi, 2014) 0
Le quotidien de quatre (puis cinq) vampires d'époques différentes qui cohabitent dans une vieille demeure de Wellington, Nouvelle-Zélande. Un sujet à potentiel que les auteurs réduisent au jus de navet par excès de coolitude, de potacherie et d'esprit found footage, le genre où les personnages font des clins d'oeil satisfaits à la caméra après chaque pitrerie. Une comédie lamentable donc que j'ai vue en accéléré après 20', c'est dire. BR DE

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016) **
Pas un documentaire sur le cinéma français mais un voyage subjectif avec Tavernier qui, comme dans tout voyage, choisit ses points de chute : Becker, Renoir, Gabin, Carné, Jaubert, Gréville, Melville, Sautet. Le regard est personnel et intime, celui d'un cinéphile avant tout qui se trouve être aussi réalisateur. On ne sent pas les 3h15 passer et les commentaires font voir tous les extraits de films sous un angle souvent pertinent et imprévu. BR FR

Multiple maniacs (John Waters, 1970) ***
Queer, subversif et potache, l'un des premiers films de John Waters condense déjà tout l'univers du réalisateur (tout au moins le meilleur, jusqu'à "Polyester" en 1981). Divine y crève l'écran en Lady Divine, criminelle et star du Cavalcade of Perversions, dans une série de séquences comico-trash qui offensent la bien-pensance américaine, le catholicisme et le cinéma avec un grand C. Le casting des Dreamlanders est comme un Who's Who dépravé. BR US 

The summit (Nick Ryan, 2012) *
Le 1er août 2008, 11 alpinistes et sherpas mouraient en redescendant du sommet du K2. Ce documentaire (avec quelques séquences reconstituées avec acteurs) revient sur le drame avec, comme tout fait divers de ce genre, ses éléments de rêve, de risque, de malchance, d'héroïsme et de mauvais jugements. Rien d'original donc mais on ne se lasse pas de contempler, depuis le canapé, l'univers sublime et hostile de la haute montagne. BR DE

4 mars 2017

Maurice Maillot remembered

Maurice Maillot (1906-1968) dans le mélodrame sexuel "Remous" (Edmond T. Gréville, 1933).

Un acteur oublié à la beauté classique qui rappelle un peu celle de Gary Cooper à la même époque. Il y incarne un athlète mondain qui provoque le désir d'une jeune mariée frustrée par l'impuissance de son époux. Une sorte de Michèle Morgan au masculin, c'est ce que j'ai pensé en le découvrant dans le film.




3 mars 2017

Films vus par moi(s) : mars 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La sorcière / Belladonna of sadness / Kanashimi no Berradona (Eiichi Yamamoto, 1973) **
Un étonnant film d'animation japonais furieusement sexualisé et féministe, inspiré de "La sorcière" de Michelet, sur une jeune femme qui subit au Moyen Age les assauts des hommes et du démon. Le mélange de psychédélisme, de Pop et d'Art Nouveau (on pense à Klimt et Schiele) créé des images d'une beauté folle qui abusent malheureusement des zooms et travellings sur plans fixes. Mais dès que ça s'anime vraiment, c'est sublime. BR US

Garde à vue (Claude Miller, 1981) ***
Une nuit de Saint-Sylvestre, la garde à vue d'un notaire de province soupçonné du meurtre de deux fillettes. Michel Serrault, Lino Ventura, Guy Marchand et Romy Schneider dans un rôle ténébreux font étinceller les dialogues cruels et désabusés de Michel Audiard dans ce huis clos qui pourrait être théâtral mais qui est sublimé par la mise en scène d'orfèvre de Miller. Un film qui scrute l'âme de ses personnages avant de les détruire. BR FR  

Le fils de Jean (Philippe Lioret, 2016) *
Prévenu de la mort de son père biologique qu'il ne connaissait pas, un trentenaire parisien se rend à son enterrement au Québec et rencontre ses deux demi-frères. Non-dits et secrets de famille sont au menu de ce film qui porte sa retenue et son coup de théâtre en étendard. Grâce à Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand, parfaits, ça se regarde facilement mais pour s'évaporer aussitôt, aussi sûrement qu'un roman de Marc Levy. BR FR

Ouija : les origines / Ouija, origin of evil (Mike Flanagan, 2016) 0
Après Mattel et Lego, l'empire du jouet Hasbro impose un des ses produits à l'écran. Ici, le plateau divinatoire Ouija qui, maléfique, possède une petite fille pleurant son père mort. Le début n'est pas mal avec son ton de comédie mais la suite s'enlise dans une progression qui se veut horrifique mais accumule des répétitions de situations ni structurées ni intéressantes. La seule surprise : Henry Thomas y cachetonne en prêtre 34 ans après "E.T.". BR DE 

Hombre mirando al sudeste / Man facing southeast (Eliseo Subiela, 1986) *
Le médecin d'une clinique psychiatrique de Buenos Aires s'intéresse à un mystérieux patient qui se dit venu d'ailleurs et agit comme un saint. L'excellent sujet et les bons acteurs (dont Hugo Soto, mort trop jeune) ne sont pas aidés par une mise en scène plate et un abus de saxophone (quel instrument perce-oreille !). Reste le thème sur la différence, la sagesse et la folie et la place de l'Homme dans un monde souvent incompréhensible. BR US 

La mort de Louis XIV (Albert Serra, 2016) ***
Entièrement confinée aux quatre murs de la Chambre du Roi, une oeuvre historique radicale qui invente le genre du film d'agonie. Des chuchotements, des râles, des éclats de voix et la lumière des bougies rendent l'ambiance de l'extinction d'un individu et d'une époque. Les acteurs sont formidables mais c'est Jean-Pierre Léaud, dans un rôle et une prestation incroyables, qui donne à la fois son corps (et son visage) à Louis XIV et au film. Fascinant. DVD Z2 FR

Long weekend (Colin Eggleston, 1978) *
En Australie, un couple en crise part un weekend au bord d'une plage déserte et affronte les dangers de la Nature. La Nature les affronte aussi puisque les deux personnages (aux personnalités imbuvables) la saccagent, faune et flore, par ignorance et bêtise. Un des premiers films à sujet environnemental, ce survival existentiel manque de dynamique. Malgré quelques belles séquences, on s'ennuie alors qu'on ne devrait pas. BR US   

Inferno (Ron Howard, 2016) 0
Après "Da Vinci Code" (2006, moyen) et "Anges et Démons" (2009, bon), Ron Howard réadapte Dan Brown avec cette aventure du symbologiste Robert Langdon (Tom Hanks, désabusé), ici entre Florence et Istambul, en proie aux visions de l'Enfer de Dante et au bioterrorisme. L'un des pires réalisateurs de Hollywood abuse d'un montage épileptique à gerber et de flashes infernaux ridicules pour un film très con et très moche. J'en ai vu 30'. BR DE

Eddie (Boris Rodriguez, 2012) 0
Dans une petite ville du Canada, un prof d'arts plastiques héberge un élève muet et demeuré qui tue comme un zombie par somnambulisme. Ses crimes inspirent sa création. Le scénario paresseux et la mise en scène plate de cette comédie horrifique ruinent l'idée de départ. Sur un sujet proche, "Color me blood red" (Herschell Gordon Lewis, 1965) avait au moins l'outrance et le kitsch. Ici, on s'ennuie comme devant une toile blanche. Sans intérêt. BR US 

Deluge (Felix E. Feist, 1933) **
Le grand-père des films catastrophe. Après la destruction de New York par un tremblement de terre et un tsunami, un homme et une femme sont chassés par une bande de rednecks. La longue séquence de désastre qui ouvre le film, inédite en son temps, reste impressionnante par son utilisation des maquettes et du montage. La suite est plus faible. Mais vu comme une métaphore sur la Crise de 1929 et ses conséquences, c'est très intéressant. BR US

Rester vertical (Alain Guiraudie, 2016) ***
Après le chef-d'oeuvre "L'inconnu du lac" (2013), Guiraudie revient à la fable existentielle. Comparable à rien, sauf à certains Bunuel, cette histoire d'un scénariste paumé qui erre entre la Lozère et Brest en faisant d'improbables rencontres mêle réalisme et symbolisme pour inverser les clichés sur la masculinité, la ruralité et le désir. Le film regorge d'images fortes : une naissance, une sodomie, une mort... Les acteurs sont tous étonnants. BR FR

Divines (Houda Benyamina, 2016) ***
Deux jeunes amies d'une cité qui rêvent d'autre chose se laissent entraîner dans le deal. Porté par l'énergie et le naturel d'Oulaya Amamra et de Deborah Lukumuena, un film qui commence en chronique adolescente (la meilleure part) pour finir en polar et cache derrière son apparent réalisme un cruel conte de fées avec ses princesses, son prince et sa sorcière. La mise en scène inspirée panache avec bonheur l'action, la poésie et l'émotion. BR FR    

Praia do Futuro (Karim Aïnouz, 2014) **
Au Brésil, un vigile de plage et un touriste allemand qu'il a sauvé de la noyade entament une liaison avant de partir s'installer à Berlin. Dix ans plus tard, le jeune frère du Brésilien vient retrouver son aîné. Le contexte gay n'est pas tout : l'économie des dialogues et de l'action ajoutée au formalisme mélancolique en font un essai contemplatif et ouvert à l'interprétation sur la construction par l'abandon. Avec de très belles séquences, dont la dernière. DVD Z2 FR

Remous (Edmond T. Greville, 1933) **
Un accident de voiture lors de son voyage de noces rend un jeune mari (Jean Galland) impuissant. Sa femme (Jeanne Boitel) se résigne avant de subir l'attirance d'un beau garçon (Maurice Maillot). Un mélodrame conjugal très Années 30 dont le thème sexuel et la mise en scène inventive chargent chaque plan d'un puissant érotisme. Quelques faiblesses (Françoise Rosay déplacée et une chanson médiocre) en amoindrissent un peu la portée. DVD Z2 FR

The survivalist (Stephen Fingleton, 2015) **
Dans une cabane de forêt de la post-Apocalypse, un trappeur solitaire héberge une femme et sa fille. L'homme (et la femme) est un loup pour l'homme (et la femme) dans ce film d'Irlande du Nord, huis-clos entre ses trois personnages farouches et taiseux. Entre le genre et l'art et l'essai, avec ses saluts à Tarkovski et à Malick, le réalisateur compense son petit budget par une mise en scène concentrée et un ton uniformément gris et nihiliste. BR UK   

5 février 2017

Films vus par moi(s) : février 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ma vie de courgette (Claude Barras, 2016) **
Suite à la mort de sa mère, un garçon de 9 ans est placé dans un foyer où il rencontre six autres gamins maltraités par la vie. Un film d'animation en stop motion, sensible et attachant comme ses personnages, qui tient plus de la chronique et du billet social que du récit. Les grands yeux expressifs font passer toutes les émotions et la délicatesse de la mise en scène est admirable. Il manque seulement un peu de liant pour être emporté à 100%. BR FR

Big bad wolves (Aharon Keshales & Navot Papushado, 2013) *
Suspecté d'avoir tué une fillette, un prof est kidnappé par le père de celle-ci et un flic qui le torturent pour arracher ses aveux. Et ses ongles. Mélange de thriller, de revenge porn et d'humour noir, ce film israélien est bien réalisé (avec une superbe séquence de générique) mais sa célébration de la loi du talion laisse un goût amer. Comme métaphore de la mentalité israélienne (c'est les réalisateurs qui le disent), c'est aussi intrigant qu'embarrassant. BR FR

Mortelle randonnée (Claude Miller, 1983) **
Un inclassable aux éléments de Film Noir (majoritaires) et de Surréalisme, parsemé de littérature, de psychanalyse et de comédie. Michel Serrault y incarne un détective anonyme (L'Oeil) qui trace en Europe une jeune tueuse en série (Isabelle Adjani) qu'il fantasme comme sa fille disparue. Le fond et la forme épurée font penser à du Hitchcock francisé. Avec une épatante galerie de seconds rôles (Geneviève Page, Sami Frey, Stéphane Audran...). BR FR

Le masque arraché / Sudden fear (David Miller, 1952) ***
Une riche auteure de théâtre épouse un charmeur dont elle découvre qu'il projette de la tuer avec l'aide de sa maîtresse pour hériter de sa fortune. Un excellent thriller, panaché de Woman's Picture et Film Noir, sur un scénario malin qui offre d'efficaces moments de suspense. Jack Palance et Gloria Grahame, les escrocs, réussissent à imposer leur présence face à Joan Crawford qui se livre à un numéro de jeu facial expressionniste de génie. BR US

Mustang (Deniz Gamze Ervügen, 2015) ***
Dans un bourg rural de Turquie, cinq soeurs subissent le poids de la tradition face à leur désir de liberté et d'autonomie. Un film émotionnellement fort, dont le thème sombre (l'obscurantisme) est formidablement contrasté par la photographie solaire et la vitalité contagieuse de ses cinq jeunes et merveilleuses actrices. Les choses sont dites avec une admirable subtilité et le message politique passe sans aucune lourdeur. Vraiment bouleversant. BR FR

Captain Fantastic (Matt Ross, 2016) **
Viggo Mortensen incarne avec intensité un père de famille qui éduque ses six enfants de façon libérale et alternative dans une forêt près de Seattle avant d'être confronté au retour dans la société. Sur un scénario qui pose de bonnes questions sur le rôle et la responsabilité des parents, un film tour à tour étonnant, drôle, tendre et cruel qui pose un regard incisif sur la vie américaine mais souffre d'une dernière séquence peu crédible. BR DEUT

Juste la fin du monde (Xavier Dolan, 2016) *
Un trentenaire (Gaspard Ulliel, excellent) retrouve sa famille qu'il n'a pas vue depuis douze ans pour annoncer qu'il va mourir. D'après la pièce de Jean-Luc Lagarce (1990), un film sur les non-dits et les trop-dits familiaux qui tourne vite aux performances hypertrophiées des visages en gros plans de Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux et Vincent Cassel. Quelques belles scènes mélancoliques parsèment l'hystérie de l'ensemble. BR FR

C.O.G. (Kyle Patrick Alvarez, 2013) **
Pour Children of God. Un étudiant de Yale (Jonathan Groff, très bien dans un rôle étonnament passif) rompt les amarres avec son milieu et se fait embaucher comme cueilleur de pommes dans l'Oregon où il croise des personnages aussi paumés que lui. Plus drame que comédie, un film maladroit dans son rythme littéraire mais intéressant dans son propos qui montre une Amérique schizophrène et menaçante pour ses brebis égarées. BR US

Café society (Woody Allen, 2016) **
Le parcours professionnel et sentimental d'un jeune homme dans les années 30, entre New York et Hollywood. La lumière dorée teint de crépuscule ce marivaudage mélancolique sur le conflit entre la passion et la raison. Typiquement allenien, le film offre un scénario et une mise en scène classiques, porté par la direction artistique et le casting parfait, dont Jesse Eisenberg et Kristen Stewart au sommet de son charme et de sa photogénie. BR FR 

La belle saison (Catherine Corsini, 2015) ***
En 1971, le coup de foudre entre une jeune agricultrice du Limousin et une activiste féministe qui se rencontrent à Paris. Un séjour ensemble dans la ferme des parents de la première complique les choses. On pense bien sûr à "La vie d'Adèle" mais ce film s'ancre dans un contexte social prononcé qui lui donne son originalité. Izïa Higelin, Cécile de France et Noémie Lvovsky sont formidables de justesse. Avec une fin à la fois radieuse et douce-amère. BR FR

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933) ***
Un orphelin, jeune roi souffreteux d'un petit royaume d'Europe centrale, est le jouet de son gouvernement. Un séjour médical sur la Côte d'Azur lui révèle la vie d'enfance. Un film sans pareil dans le cinéma français, mi-conte mi-pamphlet, dont le sujet est de l'ordre du mélodrame mais sublimé par le décor et la photo, superbement travaillés. De chaque plan, le jeune et tragique Robert Lynen joue comme un somnanbule et crève l'écran. DVD FR

Francofonia (Alexander Sokurov, 2015) **
En fusionnant images d'archives et reconstitutions avec acteurs, faits historiques et réflexions philosophiques, Sokurov dresse, à travers un portrait du musée du Louvre et de son directeur sous l'Occupation, le constat du fonds commun, menacé et fragile, que sont l'Art et la Culture. Il y a des maladresses, du kitsch et de la subjectivité mais le point de vue est perspicace et les travellings dans les salles du Louvre sont splendides. BR UK 

Loin de Sunset Boulevard / Daleko ot Sanset Bulvara (Igor Minaiev, 2006) 0
A Moscou dans les années 30, un réalisateur de comédies musicales gay marié à son actrice principale est surveillé par le Kremlin. L'histoire est intéressante, le budget y est et les couleurs semblent sorties d'un Powell/Pressburger mais la mise en scène anémique et le jeu des médiocres acteurs transforment la grandeur en spectacle de patronage et l'ennui s'impose. Un beau potentiel ruiné par l'incompétence du réalisateur. DVD FR

La maison des ténèbres / Don't breathe (Fede Alvarez, 2016) **
A Detroit, trois jeunes qui cambriolent la maison d'un veteran aveugle se retrouvent pris au piège. Un thriller qui panache home invasion et survival et réussit, par sa mise en scène assurée (avec une excellente utilisation de l'ombre et de la lumière), son décor inquiétant bien pensé et ses acteurs crédibles, à créer une vraie tension. Si l'inversion des rôles est moralement douteuse, le suspense fonctionne et pour ce genre de film, c'est le principal. BR DEUT

1 janvier 2017

Films vus par moi(s) : janvier 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Les oubliés / Land of mine / Under sandet (Martin Zandvliet, 2015) *
En 1945, des ados allemands soldats vaincus de la Werhmacht doivent déminer une plage du Danemark sous le contrôle d'un officier danois. Un film germano-danois sur un épisode méconnu de l'immédiate après-guerre dont le scénario va exactement où on l'attend en dosant suspense (les mines) et morale (le traitement des garçons). Le parti pris esthétisant de la photo est discutable mais la fin réussit à faire passer une certaine émotion. BR DEUT

Le météore de la nuit / It came from outer space (Jack Arnold, 1953) **
Sur une histoire de Ray Bradbury, un des classiques de la SF paranoïaque des 50's. Dans le désert d'Arizona, un vaisseau spatial s'écrase et libère des aliens cyclopes et gélatineux qui prennent apparence humaine. L'impression de déjà vu vient du fait que ce film, l'un des premiers de monstres extra-terrestres, a été copié mille fois. Il reste efficace grâce à la réalisation de Jack Arnold qui choisit de souvent filmer du point de vue des créatures. BR 3D UK

Song of Summer (Ken Russell, 1968) * 
Entre 1929 et 1934, un jeune musicien (Christopher Gable) assiste le compositeur Frederick Delius (Max Adrian), aveugle, paralysé et colérique. Austère mais lumineux, ce téléfilm de la BBC était l'oeuvre dont Ken Russell était le plus fier. La création artistique face aux aléas de la vie, l'altruisme au risque du masochisme, le temps qui fuit... des thèmes bergmaniens traités avec tact mais trop de froideur, en laissant l'émotion à distance. BR UK

Society (Brian Yuzna, 1989) *
Un rich kid de Beverly Hills en psychothérapie s'inquiète de l'identité réelle de ses parents et de sa soeur. Alors que la première heure a tout du soap Eighties pour ados (avec vestes épaulées et mullets), la suite tourne au délire horrifique et à la satire marxiste avec une orgie de mutants assez dégueu. A part cette séquence mémorable, le film n'accroche pas, la faute à un scénario trop lâche qui prend son temps pour aller nulle part. BR UK

L'avenir (Mia Hansen-Love, 2016) ***
Une prof de philo quinquagénaire bourgeoisement installée voit son univers se disloquer. Un film d'une sensibilité de tous les instants sur le passage du temps et l'instinct de survie. La mise en scène met en valeur les idées et les dialogues dans une lumière solaire qui irradie Paris, la Bretagne et le Vercors. Dans un de ses plus beaux rôles, Isabelle Huppert joue la vulnérabilité et la force avec une prestation à fleur de peau, exceptionnelle. BR FR 

Varieté (E.A. Dupont, 1925) ***
Crime passionnel dans un trio de trapézistes. Un mélodrame à l'histoire convenue sublimé par la lumière, les décors, la formidable mobilité de caméra et le jeu moderne et puissant d'Emil Jannings en acrobate trompé. La mise en scène dynamise les séquences d'action (au Wintergarten de Berlin) et d'intimisme. Un des grands films muets de la République de Weimar. Le score chanté des Tiger Lillies est un véritable hold-up sur le film. BR DEUT

Pattaya (Franck Gastambide, 2016) *
J'avais bien ri avec "Les kaïra" (2012) du même réalisateur. Il reprend ici trois gentils simplets du 93 qu'il transporte en Thaïlande comme alibi d'une série de potacheries toutes portées sur le mauvais goût et le politiquement incorrect. Les racailles, les nains, les gros, les asiatiques, les transsexuels sont ridiculisés dans une suite de gags cracras d'une lourdeur calculée. Les quelques éclats de rire ne compensent pas la paresse qui s'en dégage. BR FR 

Les fous du roi / All the King's men (Robert Rossen, 1949) ***
Exalté par le goût du pouvoir et de toute puissance, un juriste de Louisiane se fait élire gouverneur sur des thèmes populistes et s'imagine monter plus haut. Un des grands films politiques américains, porté par la formidable prestation de Broderick Crawford dans le rôle d'un franc-tireur égocentrique sans scrupule ni morale. L'effet miroir avec l'actualité est saisissant, notamment les scènes de discours enflammés contre l'Establishment. BR US

Atlantis, terre engloutie / Atlantis, the lost continent (George Pal, 1961) *
Inoubliable souvenir d'enfance (les hommes-animaux ! le rayon de la Mort !), ce peplum d'aventure fantastique autour d'un pêcheur grec mis en esclavage sur l'île condamnée d'Atlantis bénéficie de son effet nostalgie. Mais le petit budget truqué par d'amusants emprunts à d'autres films (Quo Vadis, la Marabunta...), la transparence de l'acteur principal et la faiblesse du scénario n'en font qu'un film mineur - mais sympathique - d'un dimanche après-midi. BR DEUT

Au bout du conte (Agnès Jaoui, 2013) *
L'histoire d'une jeune femme qui cherche le prince charmant et de ses proches, en une actualisation de situations et de personnages - de la bonne fée au méchant loup - de contes de fées. L'idée est originale et les acteurs sans reproche (Agnès Jaoui est formidable) mais une fois les bases du scénario posées, ça tourne un peu en rond et l'intérêt s'effiloche. Un film sympathique qui aurait eu besoin d'un coup de baguette magique. BR FR

Dans le noir / Lights out (David F. Sandberg, 2016) **
Une petit film d'angoisse horrifique très bien ficelé autour d'une créature humaine démoniaque qui apparaît dans le noir pour tourmenter une jeune femme et son demi-frère. L'effet recherché est le sursaut du spectateur et ça marche, dès la formidable séquence d'ouverture, avec une utilisation magistrale de l'obscurité. On peut voir le sujet comme une métaphore des dégâts que peut causer la maladie mentale au sein d'une famille. BR DEUT

Mademoiselle Swing (Richard Pottier, 1942) *
Un jeune provinciale passionnée de rythmes nouveaux monte à Paris pour se faire un nom au music-hall. Produit pour exploiter le triomphe de la chanson "Mademoiselle Swing" de 1940 (par Irène de Trébert, qui joue ici le rôle titre) une comédie musicale bébête et poussive qui reste un document historique intéressant sur les mouvements Swing et Zazou, mal vus sous l'Occupation à cause de leur excentricité et de leur influence américaine. DVD Z2 FR 

Pétain (Jean Marboeuf, 1993) **
De l'Exode à Sigmaringen, les parcours liés de Pétain et Laval. Les grandes étapes y sont, les personnages majeurs aussi mais tout est précipité pour rentrer dans 2h et le sujet est brossé à gros traits, façon Vichy pour les Nuls. La mise en scène est sans surprise et la musique de trop mais Jacques Dufilho et Jean Yanne surclassent et sauvent le film par leurs interprétations remarquables et fascinantes de Pétain et de Laval. Alors rien que pour eux. DVD Z2 FR

Julieta (Pedro Almodovar, 2016) ***
L'esprit de la Tragédie antique et classique plane sur ce mélodrame qui marque le retour à la pleine forme d'Almodovar après le navet "Les amants passagers" (2013). Par son riche scénario parfaitement articulé et sa mise en scène d'une impressionnante précision, l'histoire et le portrait de cette femme confrontée à des disparitions successives devient un conte universel sur le complexe tissu des liens familiaux et les affres de la culpabilité. BR FR 

Starman (John Carpenter, 1984) *
Une jeune veuve aide un extraterrestre qui a pris les traits de son mari décédé à rejoindre le vaisseau des siens. La formidable idée de départ est exploitée de façon décevante par la linéarité du scénario et le jeu monocorde de Jeff Bridges (ses mouvements saccadés) et de Karen Allen (sa voix éteinte). Dommage parce qu'il y a de superbes scènes comme le début, le chevreuil et le final. Ca aurait pu être un grand film de SF romantique. BR FR

3 décembre 2016

Films vus par moi(s) : décembre 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

L'orphelinat / El orfanato (J.A. Bayona, 2007) *
Quand le fils adoptif d'un couple disparaît de leur demeure, la mère le cherche sans relâche jusqu'au paranormal. Entièrement construit du point de vue de la mère (Belén Rueda), un film espagnol qui puise aux codes de la maison hantée mais qui ne se positionne pas comme un film d'horreur mais comme une métaphore sur le deuil (ici d'un enfant) jusqu'à la folie. La mise en scène abuse des travellings lents et l'émotion est étrangement absente. BR FR 

Russian adventure (Hal Dennis, 1966) **
Le dernier des travelogues Cinerama, monté à partir de films Kinopanorama tournés par des réalisateurs soviétiques. C'est une promenade idéalisée et dépolitisée (commentée par Bing Crosby pour le public US) dans l'URSS du début des années 60, de Leningrad aux forêts de Sibérie en passant la mer du Japon, les plaines à blé du sud, le métro de Moscou, le Bolshoï, etc... Les images sont spectaculaires, le kitsch et l'intérêt historique garantis. BR US Smilebox

Les biches (Claude Chabrol, 1968) **
Jeux de séduction et de défiance dans une villa de Saint Tropez l'hiver entre une bourgeoise oisive, la jeune femme qu'elle a séduite et un architecte passif. Cette étude de personnalités borderline est surtout, vu près de 50 ans après sa sortie, un thriller hitchcockien assez gratuit mais sublimé par son look de la fin des Sixties, la présence de Jacqueline Sassard et de Stéphane Audran, magnétique comme jamais dans sa gestuelle et ses intonations. DVD Z2 FR   

Les aristocrates (Denys de la Patellière, 1955) ** 
Aristocrate vieille école et financièrement déclassé, le marquis de Maubrun est confronté aux valeurs progressistes de ses enfants. D'après le roman de Michel de Saint Pierre, un film de "qualité française" dont le propos et le style qui paraissent aujourd'hui désuets s'accordent parfaitement à sa thématique de fin d'un monde. Pierre Fresnay, formidable comme d'habitude, donne corps et voix à cet homme seul dont toutes les convictions sont attaquées. BR FR 

Spectre (Sam Mendes, 2015) 0
L'ouverture sur le Jour des Morts à Mexico promet jusqu'au moment où le plan séquence se contemple le nombril et que la façade s'écroule. A partir de là, ce James Bond plonge dans l'ennui au scénario et à l'image : mise en scène scolaire, acteurs sans charisme (Daniel Craig inclus), histoire languide, aucun fun. J'ai lâché au bout d'1h15, au juste milieu du film. Le plus mauvais James Bond succède donc à l'un des meilleurs, Skyfall (2012). BR DE

Fiancées en folie / Seven chances (Buster Keaton, 1925) **
Un célibataire doit trouver une épouse avant 19h pour toucher un héritage. Sa quête échouant, un ami publie une annonce dans le journal et des centaines de prétendantes débarquent. Les 40 premières minutes sont de la comédie de tradition mais les 20 dernières (la poursuite des fiancées) sont un moment inoubliable de mise en scène, de cascades, d'humour, de folie surréaliste et de génie visuel. Cette partie là est un des sommets de Keaton. BR US 

Théo & Hugo dans le même bateau (Olivier Ducastel & Jacques Martineau, 2016) *
La rencontre sexuelle doublée du coup de foudre entre deux garçons est mise à l'épreuve de la séropositivité de l'un. Si les vingt premières minutes dans le sex club ont une force plastique évidente, la suite, une déambulation entre les urgences de l'hôpital Saint Louis et les rues désertes du Paris nocturne, ressemblent à un téléfilm de prévention qu'Arte aurait produit dans les années 90. Les dialogues et les deux acteurs flirtent avec l'amateurisme. DVD Z2 FR 

Tickled (David Farrier & Dylan Reeve, 2016) **
Après être tombé sur un site web de concours de chatouilles, le réalisateur mène l'enquête et découvre un réseau de pseudonymes, de chantage et de harcèlement qui semble conduire à une seule personne. Malgré une résolution un peu décevante, un documentaire au sujet invraisemblable qui offre une plongée dans le monde obscur du net, du fantasme et de la manipulation. Cette chatouille-là est loin d'être un jeu innocent. DVD Z2 UK  

Je n'ai rien oublié (Bruno Chiche, 2010) 0
Un sexagénaire en début d'Alzheimer s'installe dans le pavillon du parc d'un ami d'enfance, grande fortune industrielle. Très vite, on se doute qu'un secret de famille va surgir. Tout est faux dans ce poussif drame bourgeois à la mise en scène inexistante qui réussit à gâcher un casting du tonnerre : Depardieu (qui surjoue la démence en poupon émerveillé), Arestrup, Françoise Fabian et Nathalie Baye. Une purge éhontée dont j'ai vu la moitié en fast forward. BR FR 

Les rôdeurs de la plaine / Flaming star (Don Siegel, 1960) ***
En 1878, un métisse est pris en tenaille entre ses origines indiennes (par sa mère) et blanches (par son père). Un western existentiel avec Elvis Presley dans son meilleur rôle. Sa seule chanson, au début, est bien intégrée au scénario qui se poursuit ensuite en une tragédie aux accents antiques d'un surprenant pessimisme. Siegel cadre les paysages du Texas avec un splendide Cinémascope. Un grand western auquel je ne m'attendais pas. BR US  

La maison dans l'ombre / On dangerous ground (Nicholas Ray, 1951) ***
Un flic misanthrope et violent de New York (Robert Ryan, excellent) envoyé en Alaska pour une enquête y rencontre une jeune femme aveugle (Ida Lupino). Un étonnant film des opposés où la première moitié, archétype de Film Noir urbain nocturne, se retourne en mélodrame dans de vastes paysages éclatants de neige. La mise en scène nerveuse est portée par un score de Bernard Herrmann qui préfigure celui de "La mort aux trousses". BR US

O.J.: Made in America (Ezra Edelman, 2016) ***
Un formidable documentaire de 7h30 en 5 parties qui revient sur l'incroyable affaire O.J. Simpson de 1994-1995 en dessinant le tableau d'une société malade de son problème racial, d'un système policier et judiciaire corrompu, d'un cirque médiatique aveuglé par la célébrité et d'un homme dévoré par son ego et ses démons. L'ensemble se suit comme un thriller et même si les péripéties sont connues, un souffle épique balaie tout. Passionnant. BR US

High-Rise (Ben Wheatley, 2015) 0
Une adaptation entièrement ratée du roman "High-Rise" ("I.G.H") de J.G. Ballard sur la révolte des prolétaires contre les nantis dans un gratte-ciel londonien. La brillante métaphore sur la fin du capitalisme devient un livre d'images maniérées et autosatisfaites à la fausseté intenable reposant sur un scénario insipide et des acteurs outranciers. Un film où le comble du chaos est signifié par une bouteille de champagne bue au goulot... Nul. BR DE 

Looking : Le Film / Looking: The Movie (Michael Lannan & Andrew Haigh, HBO, 2016) ***
La décision d'arrêter la série au bout de deux saisons et la déception des fans a poussé ses créateurs à mener à terme satisfaisant les arcs des parcours affectifs des personnages par ce film de 90'. On retrouve donc l'indécis Patrick et son petit groupe d'amis gays de San Francisco pour une finale qui respecte l'esprit de la série en traitant sans drame ses thématiques liées à la quête de l'amour et de l'amitié dans la ville contemporaine. BR UK 

L'assassinat du duc de Guise (André Calmettes, 1908) **
Cette première production de la société Le Film d'Art, qui s'était donnée comme objet de relever le niveau culturel du cinéma, présente en 17' cinq tableaux de l'ordre et de l'acte d'assassinat du duc de Guise par les sbires d'Henri III. Joué assez sobrement par la crème des comédiens de La Comédie Française, le film transpose la règle théâtrale à l'écran mais reste un document essentiel de l'évolution du film vers un art de la narration. YouTube

Premier contact / Arrival (Denis Villeneuve, 2016) *
Lyrique et intimiste, universel et personnel, un film de SF aux idées magnifiques (les aliens, leur langage graphique, la simplicité éloquente des décors, le message humaniste) et qui prouve encore le talent d'Amy Adams, qui arrive à suggérer la fragilité, la mélancolie et la force. Mais qui se révèle une déception à cause du socle émotionnel de l'enfant, de la structure cyclique fabriquée et du sentiment final d'un film profond au sens de creux. Ciné     

Looking - Season 2 (Michael Lannan & Andrew Haigh, HBO, 2015) ***
La seconde et dernière saison de la série sur un petit groupe d'amis gays de San Francisco continue la trame de la première en se concentrant sur le personnage de Patrick, le trentenaire insécure dans ses relations affectives. Sans mélodrames ni twists, les 10 épisodes présentent des tranches de vie bien ancrées dans le réel. Une histoire du quotidien portée par son excellent casting et sa justesse des situations, des dialogues et de la mise en scène. BR UK

Sal (James Franco, 2012) **
L.A., 12 février 1976 : le dernier jour de la vie de Sal Mineo. Le petit film indépendant de Franco colle la caméra au plus près du visage et du corps de son acteur Val Lauren, qui incarne et exprime formidablement la figure de Mineo. Réveil, coups de fil, gym, trajets en voiture, répétition d'une pièce (la séquence est ratée)... les moments d'une existence coupée nette par un meurtre. La mort annoncée dès le début transforme la banalité en Tragédie. DVD Z2 DE  

La tortue rouge (Michael Dudok de Wit, 2016) ***
La vie d'un naufragé sur une île déserte. En aucun cas une robinsonnade d'aventure mais une fable existentielle sur la vie humaine, ce film d'animation est une pure merveille visuelle basée sur un dessin à la fois simple et spectaculairement dynamique. Si l'émotion est trop retenue et si le personnage du fils (me) semble une erreur de scénario, la maîtrise technique et la force poétique du sujet et des images en font un chef-d'oeuvre. BR FR

Fièvres... (Jean Delannoy, 1942) **
Un chanteur d'opéra se laisse tenter par l'adultère avant de trouver le chemin du couvent. Ce mélodrame musical aux situations outrancières rassemble Madeleine Sologne (tuberculeuse), Jacqueline Delubac (veuve joyeuse) et Ginette Leclerc (nymphomane) autour de Tino Rossi (ici, bon acteur), qui passe de sa voix d'or de la ritournelle à l'Ave Maria. Le casting et l'aspect très camp du film font que j'ai trouvé cela pas mal du tout, j'avoue. DVD Z2 FR   

20 novembre 2016

Candid Marilyn

La grande vente Marilyn Monroe de trois jours qui a eu lieu chez Julien's Auctions à Los Angeles (17-18-19 Novembre 2016) a permis de découvrir, parmi tous les objets mis aux enchères, beaucoup de photographies peu connues ou inédites, souvent prises à l'arraché par des fans ou des photographes amateurs. En voici quelques-unes, en vrac. Pour le plaisir.