9 avril 2014

Louise et l'âge

Pour le plaisir inaltérable de revoir Louise de Vilmorin. Et de l'écouter. Ici, sur l'âge. Jamais Vieille France ne fut aussi jeune.
 

3 avril 2014

Films vus par moi(s) : avril 2014



*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Michael Kohlhaas (Arnaud des Pallières, 2013) 0
Mads Mikkelsen est encore une fois habité par ses démons et minéral dans ses expressions dans cette histoire de vengeance dans les Cévennes des années 1500 (tirée d'un fait divers réel qui s'est passé en Allemagne). Les images sont bellement composées mais le rythme languissant et l'austérité ampoulée de chaque action ou regard tournent au désavantage du film. Le film historique est un genre qui ne souffre pas l'ennui. BR Allem

Man of steel (Zack Snyder, 2013) *
Si les scènes impliquant Clark Kent/Superman parmi les humains fonctionnent et réussissent à créer une émotion, l'inflation pyrotechnique et l'action apocalyptique de tout ce qui concerne les méchants de Krypton est écoeurante. Henry Cavill est canon mais doit revoir son expressivité. Le plus intéressant dans tout ce fatras est le symbolisme christique - à la truelle - et la présence d'Amy Adams, toujours parfaite (une belle scène finale). BR Fr

Noah / Noé (Darren Aronofsky, 2014) 0
Un navet ridicule, boursouflé comme une outre, qui fusionne le Livre de la Genèse, The Lord of the Rings, un téléfilm SyFy et une pub écolo avec, derrière la caméra, un réalisateur qu'on sent poussé par une mission incertaine. L'outrance et le kitsch du sujet, qui pourraient être réjouissants, croulent sous le poids du sérieux, incarné dans le jeu de Russell Crowe. Mais ça plait dans la Bible Belt et ailleurs et ça, ça interroge. Ciné

The Boston strangler / L'étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968) ***
La traque et les auditions d'Albert DeSalvo (Tony Curtis) qui tua des femmes à Boston de 1962 à 1964. Fleischer réalise une première heure fascinante d'audace thématique et technique avec les fausses pistes révèlant différents types de déviants et l'emploi magistral du split-screen. La seconde partie, après la capture, est plus traditionnelle, hormis le point de vue sans préjugés sur la schizophrénie. Impressionnant dans le fond comme dans la forme. BR Fr

Underworld / Les nuits de Chicago (Joseph von Sternberg, 1927) **
Part film de gangster (genre duquel il fut une des matrices), part mélodrame amoureux, le premier grand film (muet) de studio de von Sternberg met en place les éléments de sa marque de fabrique (clair-obscur, décors chargés, sens de la composition et du rythme, trio romantique). Si le début laisse de la place à la comédie, la seconde partie déploie un intense suspense dont l'émotion n'est pas absente. Evelyn Brent et Clive Brook sont formidables. DVD Z1 US

Super 8 (J.J. Abrams, 2011) *
Un hommage révérencieux au Spielberg (qui l'a produit) des années 80 avec ses familles décomposées, ses ados infatigables, sa province stéréotypée, ses lumières dans la nuit, son armée cachottière et sa créature extraterrestre en vadrouille. Et le sirop des bons sentiments. Ca se laisse voir bien sûr parce que c'est éprouvé et bien fait, mais l'impression de déjà vu, du début à la fin, est omniprésente. Pour un samedi après-midi de glandouille. BR Fr

Snowpiercer (Joon-ho Bong, 2013) 0
Un film de SF écologico-marxicisant, truffé d'incohérences scénaristiques et de métaphores à la truelle autour du futur de la Planète et de l'Humanité. Ce train qui traverse une Terre glacée avec ses passagers séparés (les renégats et les riches, pardi !) fonce dans le vide. Une scène fonctionne (la salle de classe) et Tilda Swinton, méconnaissable dans un rôle outrancier, s'amuse et casse la baraque. A l'arrivée, un navet de première classe. BR Fr

Ausente / Absent (Marco Berger, 2011) **
Un lycéen réussit à se rapprocher de son professeur de sports qu'il entraîne dans un jeu de séduction. Un petit film argentin qui semble commencer comme un thriller psychologique gay avant de bifurquer vers une étude du désir et du regret d'une sincère et émouvante banalité. Tout est en retenue et tension, fixé sur le visage et le corps de ses deux acteurs (le prof très bon, l'ado un peu moins), c'est assez réussi dans le genre du film intimiste. BR Fr 

Halloween II (Rob Zombie, 2009) 0
Qu'est ce que c'est mauvais ! Michael Myers, au masque de peau, revient tuer au couteau et à la hache tout ce qui bouge. Il y a Malcolm McDowell qui bien entendu cabotine, Brad Dourif qui échoue à tirer le film vers le haut, une dame blanche, des ralentis nocturnes, des clins d'oeil grossiers (la petite fille de Frankenstein) et du gros gore qui gicle. J'ai aperçu la seconde moitié en fast forward. Et certains critiques méritent des coups de pied au cul. BR Fr

Der Baader Meinhof Complex / La Bande à Baader (Uli Edel, 2008) **
Les dix premières années de la Fraction Armée Rouge, le groupe terroriste d'Extrême-Gauche allemand des années 70 mené par Andreas Baader (Moritz Bleibtreu, médiocre) et Ulrike Meinhof (Martina Gedeck, excellente). La reconstitution de l'époque et la réalisation sont impeccables mais le scénario réduit le sujet en privilégiant l'action pure aux détriment des motivations politiques. "Carlos" d'Assayas (2010) est d'un tout autre niveau. Br Fr

9 mois ferme (Albert Dupontel, 2013) 0
Une juge vieille fille découvre qu'elle est enceinte d'un voleur assassin psychopathe. L'unanimité sur la réussite et l'humour de ce film et le César de Sandrine Kiberlain m'ont donné envie de le voir. Si l'histoire est amusante, les chichitteries de mise en scène (les placements de caméra, le gore gratuitement appuyé) et les clins d'oeil lourdauds (caméos, autoréférence) m'ont vite fatigué. Le style Dupontel, s'il existe, est juste insupportable. BR Fr

2 mars 2014

Films vus par moi(s) : mars 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013) **
Porté par Cate Blanchett, au bord du surjouage (mais sans y tomber) dans un rôle très difficile, un film douloureux sur l'effondrement social et psychologique d'une femme privilégiée victime et artisan de sa propre chute. Si le début semble annoncer une comédie dramatique, la noirceur et la cruauté prennent vite le dessus et on en sort avec une boule dans la gorge. Un portrait de femme dérangeant et attirant comme un accident de voiture. BR Fr  

Frozen / La Reine des neiges (Chris Buck & Jennifer Lee, 2013) ***
Un Disney qui part du conte d'Andersen pour raconter une histoire sincèrement émouvante sur l'acceptation de soi et de l'amour des autres. L'animation et les décors sont magiques, les nombreuses chansons pas mal du tout et les caractères plutôt bien développés. J'ai juste une petite réticence pour le bonhomme de neige comique et la triste convention contemporaine des yeux démesurés. Mais globalement, c'est une réussite. BR Fr

Queen Christina / La Reine Christine (Rouben Mamoulian, 1933) ***
La présence à l'écran, toujours fascinante, de l'énigmatique Greta Garbo, compense ses limites d'actrice et la mise en scène de Mamoulian n'est pas aussi inspirée (mis à part la séquence de la chambre dans l'auberge et la fin, évidemment) que dans d'autres de ses films. Mais cet épisode d'histoire outrageusement romancé reste toujours un grand plaisir, notamment pour l'audace et l'humour de ses moments de confusion du genre. DVD Z1 US 

Wreck-It Ralph / Les mondes de Ralph (Rich Moore, 2012) *
Une animation Disney/Pixar, sorte d'hybride de "Toy story" et d' "Alice au pays des merveilles", sur un personnage de jeu vidéo désespéré d'être étiqueté "méchant" et qui veut s'acheter une réhabilitation. Le début est très bon, malin et amusant mais vite, le scénario se perd dans des poursuites répétitives sans enjeu, si ce n'est de déployer la maîtrise de la technique. Avec des placements de produits assez malhonnêtes. Mouais. BR Fr

Amarcord (Federico Fellini, 1973) **
Un an de la vie d'un ado de Rimini sous Mussolini entre famille, copains et émois érotiques. Il y a beaucoup d'excellent et un peu de moins bon dans cette succession de séquences inspirées par des souvenirs de Fellini. Si quelques unes se trainent (la réception dans le Grand Hôtel), d'autres étincellent (le paon sous la neige, la buraliste). Entre humour et sens de l'absurde, c'est la tendresse, immense, qui l'emporte en fin de compte. DVD Z1 US 

Roma (Federico Fellini, 1972) ***
Il n'y a pas une seule scène de ce film kaléidoscope, regard subjectif et personnel de Fellini sur Rome, qui ne s'imprime définitivement dans votre propre psyché. Du franchissement du Rubicon à la virée nocturne des motards, tout est définitif. Comme les corps et visages de ces femmes (surtout les femmes) et hommes qui parsèment l'écran. Génialement artificiel et plus vrai que nature, une exaltante déclaration de tendresse à Rome.  BR UK 

12 years a slave (Steve McQueen, 2013) *
J'hésite entre * et 0 mais bon, l'esclavage doit être raconté. C'est ce genre de film qui entretient la mémoire et c'est important. Mais ici, que les événements sont prévisibles, que les caractères sont stéréotypés, que certaines scènes sont putassières et que la mise en scène est académique ! Pour le cinéma et sur le même sujet, mieux vaut revoir "Mandingo" de Fleischer ou "Addo Zio Tom" de Jacopetti & Prosperi, autrement meilleurs. BR US

Rebel without a cause / La fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955) ***
James Dean, icônique, irradie l'écran de sa présence et continue à surprendre par son jeu instinctif en décalage avec celui des autres acteurs du film. Le commentaire sur l'ennui et le malaise des jeunes américains des Fifties est bien vu et la réalisation de Ray, classique et nerveuse, colle au sujet. L'adoration ambigüe de Plato (Sal Mineo) pour Jim (Dean) est traitée de façon subtile mais réelle. Et Natalie Wood est mieux que d'habitude. BR Fr

Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2009) *
L'attirance mutuelle réservée entre un maçon et l'institutrice de son fils. C'est avant tout un film d'excellents acteurs (Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain), plein de regards et de silences qui émeuvent d'abord puis commencent à lasser. Le peu d'enjeux et de péripéties, l'extrême délicatesse de la réalisation et la banalité du quotidien décrit font qu'on s'ennuie malgré la volonté d'aimer. Avec une belle utilisation de Barbara sur la scène finale. DVD Z2 Fr

Er Moretto - Von Liebe leben (Simon Bischoff, 1985) *
Construit autour de l'interview d'un ex prostitué romain (sorti de la prostitution à 17 ans), un film suisse d'un hallucinant amateurisme - mais dont le surréalisme m'a amusé - qui panache reconstitutions du quotidien des jeunes gigolos et travelos du Circo Massimo (nettoyé en 1983), de leurs clients et des fantômes de la Rome antique. Certaines scènes se ridiculisent en pastichant Fellini et Pasolini, évidemment. Camp comme pas permis. DVD Z2 Allem 

Persona (Ingmar Bergman, 1966) ***
Une actrice qui ne veut pas parler et son infirmière qui au contraire s'épanche cohabitent en huis-clos sur une île de la Baltique. A chaque révision son interprétation : ce film sans cesse s'échappe. Les audaces formelles et l'hernétisme existentiel du sujet restent stupéfiants, 50 ans plus tard : "Persona" est une oeuvre inépuisable, matrice de tant d'autres (dans le cinéma, la photo et l'art contemporains). Un film clé. BR Fr

Fedora (Billy Wilder, 1978) **
Passionnant plus que convaincant, l'avant-dernier film de Wilder revisite les territoires de son thème fétiche (l'usurpation d'identité) et de son propre "Sunset Boulevard" (1950). Centré sur une ex star ce cinéma recluse sur une île à Corfou. le film dégage une ambiance funèbre qui file la métaphore sur la mort du vieil Hollywood. Si William Holden est formidable, c'est dommage que Marthe Keller ne soit pas à la hauteur de son rôle. BR Fr

Argo (Ben Affleck, 2012) ***
Ca commence comme un thriller politique (autour de la crise des otages de l'ambassade US de Téhéran en 1980) pour s'orienter vers le thriller pur, ou plus exactement le film de suspense. Dans le genre, le film est formidablement réalisé, tenant en haleine du début (avec une excellente séquence d'ouverture) à la presque fin, qui vire au triomphalisme de propagande. De plus, l'histoire (vraie) est originale et non dénuée d'humour. BR Fr

La vie d'Adèle, chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche, 2013) ***
Plus qu'une histoire d'amour, un commentaire social ou les étapes d'un apprentissage (le film n'est pas loquace sur ce qu'il veut dire), ce magnifique morceau de cinéma contemporain qui colle au plus près des visages et des corps de ses personnages est un condensé d'énergie vitale, porté par l'assurance de la mise en scène et la présence magnétique de ses deux formidables actrices. Les scandales passés, il reste une pépite d'humanité. BR Fr 

2 février 2014

Films vus par moi(s) : février 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Lords of Salem (Rob Zombie, 2012) 0
Encore un film vu la seconde moitié en fast forward et revendu aussi sec. A Salem, la malédiction d'un sorcière brûlée au 17e siècle poursuit l'animatrice d'une émission de radio locale. La chute du réalisateur, depuis l'excellent "House of 1000 corpses" (2003), est abyssale : ici, rien que du déjà vu bien mieux ailleurs, désagréablement fauché (les éclairages rougeoyants n'y font rien), amateur et même pas peur. Cheap et commis par dessus la jambe. BR Fr

South seas adventure (Carl Dudley & autres, 1958) **
Un travelogue en Cinerama qui conduit le spectateur d'Hawaii en Australie en passant par Tahiti, Fidji, Tonga, les Nouvelles Hébrides et la Nouvelle-Zélande. Comme c'est les Fifties, tout est du point de vue de l'homme blanc, anglophone et chrétien. Ca donne un festival de politiquement incorrect (qui fait le sel du film) dit par Orson Welles, sur les populations et coutumes des indigènes. Un fascinant produit culturel de son temps. BR US Smilebox 

Fin août, début septembre (Olivier Assayas, 1998) ***
La caméra qui colle aux corps et visages des acteurs (Amalric, Balibar, Cluzet, Ledoyen...) scrute le moindre tremblement de main ou de paupière et donne une étonnante présence aux personnages de cette histoire d'un petit groupe d'amis parisiens gravitant autour d'un écrivain quadragénaire malade. Le film dit des choses très justes sur les mutations des rapports amicaux mais c'est l'excellence du jeu collectif des comédiens qui frappe. DVD Z2 Fr

Hôtel des Invalides (Georges Franju, 1952) ***
En utilisant les ombres des objets, le montage alterné, d'anciens combattants et des acteurs, un commentaire dit par Michel Simon et son sens de la poésie, Franju dynamite un documentaire sur le Musée de l'Armée commandé par le Ministère de la Défense en un court métrage de 22' surréaliste et antimilitariste d'une féroce ironie. Telle cette blonde visiteuse qui s'admire dans le miroir d'un périscope des tranchées. YouTube 

Peter's friends (Kenneth Branagh, 1992) 0
Epouvantable. Un célibataire endurci qui vit dans un manoir anglais invite ses amis pour le réveillon. Retrouvailles, embrassades, réjouissances, crises de nerfs, pleurs, révélations... Tout est faux, chargé, surjoué à gerber (Branagh, Thompson, Staunton, Fry...) et gratuitement bande sonorisé par des tubes des Eighties (Pretenders, Tina Turner, Tears for Fears, Cindy Lauper...). J'ai vu des mauvais films récemment, celui-là les enfonce tous. BR Fr

Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1982) *
La société urbaine moderne (aux USA du moins) a perdu le contact avec la Nature et court littéralement à sa perte. Un film de sensations qui dénonce en martelant son message simpliste par un déluge d'images accélérées et une partition minimaliste obsédante de Phil Glass. C'est une épreuve, parfois fascinante, mais c'est le look 70's des individus et le design des objets, surgis d'un autre temps, qui sont de loin le plus intéressant. DVD Z2 UK

Side effects / Effets secondaires (Steven Soderbergh, 2013) **
Alors que la première partie du film semble s'avancer sur le terrain (passionnant) du pamphlet des magouilles des géants pharmaceutiques, la seconde vire au thriller de manipulation, prenant, bien ficelé mais autrement plus convenu. Le savoir faire de Soderbergh et la qualité des acteurs qui s'affrontent (Jude Law, Rooney Mara et Catherine Zeta-Jones) font qu'on ne s'ennuie pas une minute mais j'ai un peu regretté le virage du scénario. BR Fr

Jailhouse rock / Le rock du bagne (Richard Thorpe, 1957) **
Si c'est pas mon film d'Elvis préféré (c'est "Viva Las Vegas" ou "Blue Hawaii"), c'est quand même un réjouissant moment de cinéma, qui raconte avec quelques ajustements l'histoire des débuts du King, joué par lui-même. Tout cela semble bien innocent aujourd'hui mais le magnétisme animal et le body language d'Elvis (22 ans à l'époque) restent captivants et la séquence titre est formidable de dynamisme. Pour Judy Tyler aussi, trop tôt partie. BR US

Blackfish (Gariela Cowperthwaite, 2013) **
Un documentaire à charge contre Sea World sur l'irresponsabilité de garder les orques en bassin pour le show et le profit à travers l'exemple de Tilikum, un animal qui a déjà tué ou blessé plusieurs de ses dresseurs. La démonstration est imparable, les témoignages accablants et les images de tribus d'orques en liberté renforcent le malaise de voir ceux en captivité. Un film activiste qui prouve que la Nature contrainte est toujours explosive. BR UK

Le puits et le pendule (Alexandre Astruc, 1963) **
Une adaptation en court métrage de 35' de la nouvelle de Poe où la voix off de Maurice Ronet dit la traduction de Baudelaire. Le décor inquiétant de la cave-donjon, la photographie N&B et quelques mouvements de caméra inspirés (qui créent la tension) sont remarquables. Le jeu intériorisé de Ronet suggère à merveille l'angoisse de la mort qui s'approche. Une mise en images réussie de Poe, ce qui n'est pas une mince affaire. DVD Z2 FR

The curse of the werewolf / La nuit du loup-garou (Terence Fisher, 1961) ***
Un chef-d'oeuvre de la Hammer où la lecture psychanalytique du récit (autour du sexe et de la parole) et la détresse existentielle de son antihéros apportent une enrichissante profondeur aux images d'opérette composées et colorées comme des illustrations de conte. La mise en scène inspirée de Fisher et le splendide maquillage du loup-garou complètent la réussite, comme la présence solide et fragile à la fois d'Oliver Reed débutant. DVD Z1 US 

Oroi / Jitters (Baldvin Z, 2010) *
En Islande, les jours et les soirées entre tribu et famille d'un adolescent mal à l'aise avec la découverte de son homosexualité. C'est typiquement le genre de coming of age film destiné à aider les spectateurs de l'âge de ses protagonistes à s'ouvrir à l'acceptation de soi et des autres. Il n'y a rien de bien nouveau et la portée cinématographique est minimale mais c'est important que des films comme celui-là soient faits et vus. BR Fr

The canyons (Paul Schrader, 2013) **
Le scénario de Bret Easton Ellis (pouvoir, jalousie et manipulation) ne casse pas des briques et la fin est décevante mais l'utilisation en toile de fond d'un Los Angeles très réel et la photo solaire compensent. Si les acteurs principaux (tous dans leur vingtaine tardive) vont du très bon au moyen, tous dégagent une présence. De retour à l'écran, Lindsay Lohan, prématurément usée, est fascinante et donne au film une solidité qu'il n'aurait pas sans elle. BR US  

Museum hours (Jem Cohen, 2012) ***
Quelques jours d'hiver, une canadienne venue veiller une cousine malade à Vienne et un gardien rencontré au Kunsthistorisches Museum conversent en se promenant dans le musée et dans la ville. Les tableaux de Brueghel, avec leurs multiples détails et significations, sont la clé d'interprétation de ce film contemplatif sur les parallèles entre le réel et l'art et sur la temporalité des êtres et des choses. Et le besoin de l'autre. Une oeuvre subtile qui se mérite. BR US

Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée, 2013) *
En 1985 au Texas, un white trash séropositif créé une association qui délivre (illégalement) des médicaments alternatifs à des malades du Sida. Sur un épisode méconnu des débuts du Sida, un film qui se révèle informatif mais très impersonnel et étrangement vide d'âme et d'émotion. Matthew McConaughey et Jared Leto sont saisissants dans deux interprétations construites sur leur métamorphose physique. Ca, ça me laisse dubitatif. BR US

Nothing in the dark (Lamont Johnson, 1961) ***
The Twilight Zone.S3.E81. Un vieille femme cloîtrée chez elle de peur de mourir recueille un jeune policier blessé. Un épisode archétypique de The Twilight Zone, pur, concis, avec un twist bienvenu et d'une portée existentielle qui le transcende. Gladys Cooper est formidable (comme toujours) et le débutant Robert Redford exécrable (comme souvent). Malgré lui, c'est l'un des meilleurs épisodes de toute la série. DVD Z1 US

Berberian sound studio (Peter Strickland, 2012) 0
Déjà que les giallos, c'est pas fameux, alors une sorte de giallo post-moderne de toute évidence destiné au public d'art et d'essai, c'est un cauchemar. Dans les années 70, un ingénieur du son anglais introverti (Toby Jones) se retrouve dans un studio de mixage italien pour travailler sur un film d'horreur. Tout est autocontemplatif et satisfait (ce clin d'oeil lamentable à "Persona"), vainement hermétique et d'un ennui désespérant. Nul. BR Fr  

Sunshine on Leath (Dexter Fletcher, 2013) 0
Basé sur les chansons (très médiocres) du groupe écossais The Proclaimers, un musical impossiblement hétéro sur les histoires d'amour d'une poignée d'habitants d'Edimbourg, dont deux jeunes soldats démobilisés. Il ne se passe rien de folichon et l'impression de faiblesse généralisée domine. Glee, au moins, a des tubes qui s'enfilent. Ici, une seule chanson surnage (dans un pub au début). L'interêt : Edimbourg, la belle. BR UK

Spring breakers (Harmony Korine, 2012) **
Le Spring Break des étudiants américains avec son abandon, ses excès et sa dépression post partum, est élevé au statut de fable dans ce film sur quatre gamines qui partent en Floride pour une virée au bout d'elles-mêmes. La forme, pastiche boursouflé de MTV (on dirait parfois le backstage sous acide du génial "The Grind"), tend à tout vampiriser mais pour qui voit derrière l'esbroufe, il y a un vrai et profond sujet. James Franco est fearless. BR Fr 

Carnage (Roman Polanski, 2011) 0
On attend que la sauce prenne et que le déchaînement arrive mais la répétition monotone des situations (les appels sur le portable, les départs avortés...) fait à chaque fois retomber le soufflé en accusant l'artificialité de cette adaptation de la pièce (sans doute juste passable) de Yasmina Reza sur deux couples qui vident leurs sacs. Le théâtre au cinéma est un exercice difficile et les meilleurs réalisateurs et acteurs aussi peuvent se planter. BR Fr 

Pain & gain / No pain no gain (Michael Bay, 2013) **
Un bon Michael Bay ?! La vulgarité habituelle de sa mise en scène colle ici parfaitement au propos du film, une comédie noire (tirée d'un fait divers) sur trois haltérophiles très cons de Miami qui kidnappent un nouveau riche pour lui piquer sa maison et ses sous. L'action, le bling bling et la violence (et beaucoup d'humour) composent une sorte d'opéra de la loose plus futé qu'il n'y paraît. Avec Mark Wahlberg et Dwayne Johnson, qui sont excellents. BR Fr

Ménilmontant (Dimitri Kirsanoff, 1926) *
Un mélodrame de 38', muet et sans carton, qui raconte par l'image seule le drame de deux orphelines de Ménilmontant dont l'une est séduite par un vaurien qui la plante fille-mère. La photographie pictorialiste (brume, reflets, clairs-obscurs) et la présence de la jeune actrice Nadia Sibirskaïa (au merveilleux visage) sont remarquables mais le montage effréné des plans de la ville trahit un formalisme à la mode qui n'est ni signifiant ni justifié. YouTube 

12 janvier 2014

Ingrid Caven singt Die grossen weissen Voegel

En 1979, Ingrid Caven interprétait librement en allemand la chanson "Les goélands" sur un arrangement grandiose de Peer Raben. La video, un chef-d'oeuvre en son genre, a été réalisée par Mr Bluiberlin. Take that!



"Les goélands" a bien sûr été immortalisée par Damia dans sa version de 1929.  

"Les goélands" (Paroles et musique de Jean Lucien Boyer, 1911) 

Les marins qui meurent en mer
Et que l´on jette au gouffre amer
Comme une pierre,
Avec les Chrétiens refroidis
Ne s´en vont pas au Paradis
Trouver Saint Pierre.

Ils roulent d´écueil en écueil
Dans l´épouvantable cercueil
Du sac de toile.
Mais fidèle, après le trépas,
Leur âme ne s´envole pas
Dans une étoile.

Désormais vouée aux sanglots
Par ce nouveau crime des flots
Qui tant le navre,
Entre la foudre et l´Océan
Elle appelle dans le néant
Le cher cadavre.

Et nul n´a pitié de son sort
Que la mouette au large essor
Qui, d´un coup d´aile,
Contre son cœur tout frémissant,
Attire et recueille en passant
L´âme fidèle.

L´âme et l´oiseau ne font plus qu´un.
Ils cherchent le corps du défunt
Loin du rivage,
Et c´est pourquoi, sous le ciel noir,
L´oiseau jette avec désespoir
Son cri sauvage.

Ne tuez pas le goéland
Qui plane sur le flot hurlant
Ou qui l´effleure,
Car c´est l´âme d´un matelot
Qui plane au-dessus d´un tombeau
Et pleure... pleure.

1 janvier 2014

Films vus par moi(s) : janvier 2014


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Cinerama holiday (Robert L. Bendick & Philippe de Lacy, 1955) *
Le plus faible des travelogues Cinerama. Ici, un jeune couple du Kansas visite la Suisse et Paris tandis qu'un autre, Suisse, découvre les Etats-Unis. Les séquences se succèdent, réussies (le bobsleigh, le porte-avion) ou chiantes (les shows du genre Holiday on Ice ou Lido). Le plus intéressant est le point de vue Fifties sur les Fifties, entre mièverie et propagande et l'accumulation involontairement hilarante des clichés nationaux. BR US Smilebox    

Downton Abbey, The London Season (Julian Fellowes, ITV, 2013) **
Le Christmas Special 2013 transporte tous les personnages à Londres en 1923, pour un début à Buckingham Palace et des réceptions mondaines. Tout cela se suit comme on savoure son bonbon sucré préféré : agréablement et sans grande surprise. Le piment des saisons passées n'est plus et le scénario tend à patiner. Mais la production, le casting et l'exotisme social font qu'on continue à regarder et à en reprendre. Jusqu'à quand ? BR UK  

Nosferatu (F.W. Murnau, 1922) ***
La Mort elle-même semble avoir inspiré au génial Murnau les ineffaçables visions qui jalonnent sa libre adaptation du "Dracula" de Bram Stoker. Les angoissants décors, le dynamisme de la mise en scène, l'atmosphère morbide qui infuse chaque image et chaque carton et les acteurs comme sortis tout droit des années 1830 font de ce chef-d'oeuvre le mètre étalon du film d'angoisse existentiel. Max Schreck est, quant à lui, hors de ce monde. BR US

En kongelig affaere / Royal affair (Nikolaj Arcel, 2012) **
Intrigues politiques et passion amoureuse sur fond de philosophie des Lumières avec ce film en costumes très classique dans son approche mais qui raconte un moment intrigant de l'histoire danoise des années 1760-1770 : l'influence progressiste du médecin allemand Struensee (Mads Mikkelsen) qui prit temporairement le contrôle du pouvoir sous le règne du roi simplet Christian VII et devint l'amant de la reine. Pédagogique et distingué. BR Fr 

The Blues Brothers (John Landis, 1980) ***
Même si c'est dommage d'avoir terminé le film par une course poursuite trop longue et une débauche logistique assez gratuite, le dynamlsme potache et l'énergie communicative de cette comédie musicale (au sens propre) restent irrésistibles. Comme ses numéros musicaux (formidables), ses caméos de célébrités et son humour intrépide qui ravage tous les clichés sociaux de l'Amérique. Un remède imparable à toute forme de morosité. BR Fr 

The overlanders / La route est ouverte (Harry Watt, 1946) *
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un groupe de cowboys (hommes et femmes) fait traverser une partie de l'Australie à un grand troupeau de bétail. Régulièrement commenté en voix off et d'un esprit documentaire plus que fictionnel, une odyssée westernienne qui souffre d'un manque de péripéties et surtout de couleur (les vastes paysages australiens et tout le film en auraient été transfigurés). Une curiosité plus qu'une réussite. DVD Z2 UK

Female on the beach / La maison sur la plage / Cet homme m'appartient (Joseph Pevney, 1955) **
Un véhicule éhonté pour Joan Crawford qui est presque de toutes les scènes, splendide en caricature d'elle-même, face au trop rare et magnétique Jeff Chandler (dans un étonnant rôle de gigolo de plage manipulé par un couple d'aigrefins). Les tenues et la coiffure de Crawford, les gros plans outranciers et l'extravagance mélodramatique des sentiments propulsent le film vers les sommets du camp, ce qui suffit à faire ma joie. DVD Z1 US

Jack the Giant slayer / Jack le chasseur de Géants (Bryan Singer, 2013) **
Adapté de l'histoire des Haricots Magiques, un conte d'aventures vieille école (au sens noble du terme) avec ce qu'il faut de jeune héros, de princesse, de roi médiéval, de méchant et de créatures repoussantes. Et des spectaculaires lianes géantes qui grimpent vers le ciel. La froideur des CGI minore le pouvoir d'émerveillement mais si on a retenu un peu de son âme d'enfant, on retrouve dans ce film l'esprit des classiques d'antan. BR 3D Fr  

Dark skies (Scott Stewart, 2013) *
D'inquétants phénomènes s'abattent sur une famille suburbienne (intrusions domestiques, éruptions cutanées, assault aviaire...) : des aliens les ont choisi comme cobayes. Un film fantastique ni bon ni mauvais (et plutôt bien réalisé) qui recycle des éléments d'autres de "Rencontres du 3e type" à "Signs" en passant par "Poltergeist" et "Paranormal activity". Rien de bien original donc, on regarde un produit de série en sachant ce qu'on va voir. BR Fr

Oblivion (Joseph Kosinski, 2013) 0
Une bonne critique dans le livre "100 ans de cinéma fantastique et de SF" d'Andrevon m'a donné envie de le voir. J'ai tenu 1 heure (sur 2) en me forçant puis j'ai abandonné. Une nullité totale avec un Tom Cruise qui n'y croit pas plus que moi et les autres, un univers visuel postapocalyptique qui ne va pas plus loin que sa première idée, des références gratuites à des classiques de la SF toutes les 5 minutes... Et une histoire à la con. BR UK

Breaking bad, saison finale (Vince Gilligan, AMC, 2013) ***
Au terme de cinq saisons, "Breaking bad" s'achève comme il le fallait, avec Walter White (formidable Bryan Cranston) atteignant le bout du chemin de crime sur lequel il s'était engagé. Orientée sur le dialogue, la psychologie et les liens entre les personnages mais avec des éclairs fulgurants d'action et des envolées existentielles, cette série brillament écrite, jouée et réalisée restera comme un des grands moments de la télé contemporaine. BR Fr

Insidious (James Wan, 2011) *
Les films de maison hantée ou de possession ne fonctionnent que quand ils restent maintenus dans un contexte réaliste. "Insidious" commence comme ça et ménage des effets d'angoisse réussis mais la seconde partie, en abusant d'artifices visuels et narratifs et en choisissant de montrer ce qui devait rester suggéré, plonge dans le bazar grand-guignolesque et ruine tout. Le réalisateur s'est rattrapé en 2013 avec l'excellent "The conjuring". DVD Z2 Fr 

The act of killing (Joshua Oppenheimer, 2012) ***
Près de 50 ans après les faits, des membres d'une milice de Djakarta qui tortura et assassina des milliers de suspects communistes après le coup d'état militaire de 1965 racontent leurs exploits en rejouant avec zèle pour la caméra leurs propres crimes. Un film et un documentaire sans équivalent, qui pose des questions vertigineuses sur la mémoire et la culpabilité, la réalité et la fiction, la célébrité et le Mal... Surréaliste et très dérangeant. BR UK 

The wicker man (Robin Hardy, 1973) ***
Un flic bigot venu enquêter sur la disparition d'une gamine dans une île d'Ecosse tombe sur une communauté villageoise païenne et libertaire. On va de surprise en surprise avec ce film britannique inclassable qui mêle thriller, comédie, érotisme, musical, camp et poésie fantastique tout en les subvertissant. Pareil à nul autre, il est totalement de son époque tout en étant étrangement intemporel. La coiffure de Christopher Lee est impayable. BR UK

Love, Marilyn (Liz Garbus, 2012) **
La vie, la carrière et surtout la quête personnelle de Marilyn Monroe racontée à la première personne grâce à la lecture par des acteurs (Adrien Brody, Ellen Burstyn, Glenn Close, Uma Thurman...) d'extraits de ses notes et carnets intimes issus du livre "Fragments". On croit avoir tout vu sur elle et pourtant voilà encore un documentaire avec un nouvel angle d'approche. Les mots retrouvés de Marilyn y résonnent de façon vraiment émouvante. DVD Z2 UK

Revanche (Götz Spielmann, 2008) ***
Une pute ukrainienne et son ami, un flic et sa femme, un grand-père. Cinq personnages rapprochés par les conséquences d'un braquage et d'un drame personnel touchent le fond et pourtant... Un film noir existentiel autrichien en deux temps, citadin puis bucolique (Vienne et sa campagne) qui suggère, par petites séquences comme des chapitres, l'équilibre déterminé de l'Univers. Les acteurs, la mise en scène et la photo sont admirables. BR US

Shane / L'homme des vallées perdues (George Stevens, 1953) **
C'est par ses non-dits que ce western centré sur l'humain est captivant. Et surtout par l'énigmatique personnage de Shane (Alan Ladd, dont le jeu détaché sied parfaitement au rôle) qui arrive et repart sans qu'on en sache rien. Le point de vue d'un enfant, le Technicolor qui sublime les paysages du Wyoming et la réalisation assez académique auraient pu tirer le film vers la mièvrerie. C'est au contraire une oeuvre forte et adulte, des plus singulières. BR Fr 

The conjuring / Conjuring : les dossiers Warren (James Wan, 2013) ***
Un film de maison hantée qui en reprend tous les clichés avec portes qui grincent, coups sur les murs et ombres furtives et qui réussit magistralement à faire monter la tension à l'écran et chez le spectateur. L'assurance de la mise en scène, du scénario et des acteurs (notamment Vera Farmiga dans le rôle de la démonologue) est à l'unisson pour créer une atmosphère. Un classique du genre qui fait peur sans surenchère d'esbrouffe ou de gore. BR Fr

Vincere (Marco Bellocchio, 2009) *
Le drame de la première femme de Mussolini, répudiée et jetée à l'asile. La première partie du film, où l'on découvre l'histoire, la mise en scène et le style opératique choisis par Bellocchio laisse croire à un magnifique morceau de cinéma métaphorique. La seconde partie, qui accumule les scènes d'enfermement et de larmes, provoque un ennui fatal. Il y a plein de choses intéressantes mais bizarrement, c'est le désintérêt qui l'emporte. BR UK

24 décembre 2013

Love is blue

Au détour d'un épisode de la saison 6 de Mad Men, une musique sur un générique de fin qui fait soudain ressurgir un flot de souvenirs d'enfance. Je ne l'avais pas entendue depuis des lustres et pourtant c'est comme hier. Je suis avec mon grand-père sur la plage de Fort Pierce en Floride et on regarde avec la foule une lumière qui monte dans le bleu du ciel. C'était Apollo 13 qui décollait, le 11 avril 1970. Cette musique devait jouer quelque part sur une radio. Un son de mes Seventies.

Paul Mauriat. Love is blue, 1968.